Rentrée scolaire : une valse à mille temps ?

Ca y’est, l’heure de la rentrée a sonné. La sonnerie des cours de récréation retentit à nouveau, invitant les enfants et les adolescents à entrer dans la danse pour une nouvelle année scolaire. Les très longues vacances d’été sont belles et bien finies, il est temps de retourner sur les bancs de l’école et ce, malgré la pandémie actuelle.

La presse et les médias invitent petits et grands à « reprendre le rythme », à retrouver « un rythme scolaire ». De quel rythme est-il question ? Comment les enfants et les adolescents jonglent-ils avec ces rythmes ? Sur quelle partition le rythme scolaire vient-il se lier ?  


Le rythme à l’aube de la vie

L’origine de la vie humaine se voit déjà bercée par le rythme de l’embryogénèse. Ce petit être en devenir qu’est le fœtus, se développe au rythme des différents stades de l’embryogénèse et baigne ensuite dans un environnement intra-utérin qui ne cesse de lui offrir des variations de tempo. Le fœtus est ainsi porté par le rythme continu des battements cardiaques maternels et par le maintien tonique de la paroi utérine (les borborygmes). De ces bruits de fond émergent les bruits extérieurs, partiellement absorbés. L’enfant in utero ne reste pas passif face à un tel tempo, il possède une multitude de capacités sensorielles lui permettant de répondre aux stimulations rythmiques qui l’entourent. 

Le fœtus va aussi développer au fil des mois sa rythmicité propre. Il se verra ainsi mettre progressivement en place des mouvements rythmiques singuliers. Le sommeil du bébé in utero est entièrement indépendant de celui de sa mère, ce qui démontre également l’existence d’une rythmicité singulière et propre à l’enfant déjà avant sa naissance. 

L’accouchement est décrit par certains auteurs comme un orage rythmique et proprioceptif. Les contractions constituent généralement un des signes annonciateurs de l’accouchement, démarrant sur un rythme de basse régulier et devenant ensuite de plus en plus fréquentes, intenses et longues. Lors de l’arrivée du bébé, c’est le rythme cardiaque du nouveau-né (témoignant de sa bonne santé) qui reprend le rôle de basse, de fil continu. 

Rythme et petite enfance

Le rythme est essentiel au bon développement du bébé arrivé au monde. En effet, ce dernier dépend étroitement de la continuité de son environnement. Au sein des interactions parents-enfants, on repère classiquement les « macrorythmes » qui correspondent aux rythmes des soins maternants, organisateurs de par la répétition qui les caractérise (le lever, le repas, la toilette, le bain, le coucher, etc.) ; et les « microrythmes » qui désignent les rythmes à l’intérieur des interactions qui auront la particularité de faire émerger ou de soutenir du ludique dans l’interaction. 

Ainsi, la stabilité et les répétitions dans les macrorythmes apparaissent comme une condition minimale nécessaire au bon développement de l’enfant. Pour prendre une métaphore musicale, ils sont la « portée » : aucune note ne peut prendre place et s’organiser en mélodie en l’absence d’une portée. C’est à partir de là que vont pouvoir s’organiser les anticipations, et apparaître les premières pensées de l’enfant. La répétition est nécessaire pour que l’enfant puisse organiser, penser le temps et développer sa mémoire. 

Les macrorythmes sont sécurisants et essentiels aux touts-petits afin que ceux-ci, puissent développer une sécurité interne de base. En effet, c’est notamment au sein des soins que le bébé va s’attacher à partir de séquences répétées dans la manière dont il est pris en charge par les personnes qui s’occupent de lui. Si cette prise en charge est constante, régulière, fiable, elle va devenir petit-à-petit pour lui, prévisible, anticipable et donc l’univers de l’enfant va pouvoir se structurer autour de séquences qu’il peut imaginer, comme allant advenir dans son histoire, dans son environnement. Ces séquences lui permettent également de structurer le temps et le rapport à l’autre. 

Tic Tac Tic Tac

Mais si le rythme est essentiel au sein des interactions parents-enfants, le donneur de temps universel est l’alternance du jour et de la nuit qui sous-tend tous les jours, la succession des temps d’activation corporelle, des temps de vie relationnelle et sociale, des temps de loisirs et des temps intellectuels. De façon incontournable, c’est la succession des temps qui, tous les jours et d’un jour à l’autre, façonne et structure à tous les âges le fonctionnement corporel et cérébral des enfants, en particulier quand ils deviennent écoliers. 

Mais comment les enfants peuvent-il percevoir le temps ? 

Plusieurs chercheurs ont émis l’hypothèse de l’existence d’un mécanisme interne appelé « horloge interne ». Notre perception du temps serait fonction de cette horloge qui produit une base de temps qui servirait à une estimation temporelle intuitive durant toute notre vie. Elle serait susceptible d’être perturbée selon les rythmes externes mais aussi sous l’effet de stimulants ou de la fièvre. Cependant, à l’heure actuelle, nous ne savons rien des relations qu’entretient cette sensibilité naturelle avec les constructions temporelles plus réfléchies, élaborées au cours du développement par l’enfant. Ce que l’on sait, c’est que les premières expériences du temps sont affectives (souffrance liée à l’attente de l’assouvissement de la faim). La découverte de la permanence de l’objet joue un rôle fondamental dans la construction du présent. Certains auteurs rapportent la nécessité de disposer d’une certaine forme de conscience de soi pour pouvoir développer un sens du temps permettant de se situer et de situer les événements dans le présent, passé ou futur. Vers 3-4 ans, les enfants ordonnent correctement des séquences d’événements familiers. Toutefois, la façon dont les jeunes enfants sont capable d’utiliser l’ordre temporel dans leur raisonnement n’est pas encore claire. Le langage va considérablement transformer la mémoire de l’enfant ainsi que ses connaissances temporelles (il passe du « temps vécu » au « temps représenté »).

Rythme et adolescence

A l’adolescence, les notions temporelles sont bien installées. Nous l’avons vu plus haut, notre horloge interne est influencée par des paramètres de l’environnement, à commencer par la lumière. Mais, la puberté a tendance à allonger le rythme circadien des adolescents et à diminuer leur sensibilité à la lumière le matin. Dès lors, ils s’endorment plus tard le soir et se réveillent plus tard le matin. Le rythme circadien des adolescents est donc différent de celui des adultes et des enfants. Demander à un adolescent de se lever et d’être alerte à 7h30, c’est comme demander à un adulte d’être actif et alerte à 5h30 du matin. 

Par ailleurs, l’adolescence suscite une questionnement en profondeur des rythmes auxquels il se plie depuis sa naissance. Au sein de la famille, l’indépendance se révèle alors, entre autres, par la possibilité du jeune à se désynchroniser des horaires des parents, c’est-à-dire à personnaliser progressivement son propre rythme de vie. Dans le milieu scolaire, ces actes de désynchronisation peuvent prendre la forme de retard en classe. Certains jeunes utilisent les horaires imposés comme une norme à partir de laquelle il s’agit de se définir (provisoirement) en marge. Ces retards impliquent chez l’adolescent une reconnaissance du rythme scolaire comme repère pour définir son originalité et son individualité. 

Le noctambulisme est une autre forme bien connue de désynchronisation. En plus d’éviter les activités proposées éventuellement par la famille, le noctambulisme se lit comme un refus des rythmes des jours et des nuits, de l’activité et du sommeil, tels qu’ils s’imposent dans nos sociétés. 

La désynchronisation puise d’ailleurs sa légitimité auprès des adolescents parce que les rythmes défiés ne font pas toujours sens à leurs yeux. 

Retrouver le rythme scolaire

Si les enfants ont ainsi l’habitude d’être accompagnés par différents rythmes, de baigner dans un environnement rythmé et ce, depuis leur conception, il n’en est pas moins difficile de s’accorder à la rentrée scolaire. D’autant que le contexte de crise sanitaire actuel ne facilite pas les choses. Les enfants ont été confrontés à une interruption radicale de leur scolarité en mars 2020. Depuis, il sont amenés à avancer à contre-rythme, à s’ajuster, à s’adapter en permanence et ce, en parcourant une partition musicale non achevée et incertaine. Depuis de longs mois, petits et grands ont expérimenté une nouvelle cadence, plus lente, plus douce, moins contraignante pour certains, terriblement difficile pour d’autres. Cette rentrée scolaire serait-elle à l’image d’un « retour à la vie réelle » ? Est-ce que le rythme imposé par le confinement et les nouveaux modes de rapport au travail, à la scolarité déployés durant ces derniers mois n’étaient-ils pas plus proches des besoins des familles ? Pour plusieurs familles le « slow life », l’école à la maison, se centrer sur des valeurs essentielles, etc. ont été une véritable révélation. Pour d’autres, cette période sans école, sans cadre, sans routine, sans contenant, a été particulièrement compliquée.

De nombreux auteurs continuent d’ailleurs à débattre de la question des rythmes scolaires et de l’adaptation des temps et des aménagements nécessaires dans le déroulé de la journée, la semaine, les mois et l’année de l’enfant.

Que ce rituel de passage soit vécu avec légèreté, inquiétude, joie, tristesse, stress, ou autre, il n’en est pas moins qu’il marquera, au sein de toutes les familles, un changement. L’ensemble de l’équipe du 213 reste disponible pour vous accueillir et vous accompagner dans cette transition et ce, peu importe où les ajustements rythmiques viendront se marquer (alimentation, sommeil, émotions, corps, psychisme, relation, langage, etc.).

Belle rentrée à toutes et à tous, petits comme grands !

Zoé Campus
Zoé Campus

Psychologue clinicienne et Thérapeute du développement