Suspicion de haut potentiel intellectuel – Illustration de la pluridisciplinarité au 213 (Episode 1)

concentrated black kid doing sums

« Mon enfant s’ennuie en classe, il est agressif avec les autres enfants »

« Notre fils est hypersensible et se pose des questions existentielles »

« Elle est en échec scolaire mais a une pensée en arborescence »

« Ma fille est en décalage avec les autres enfants, elle a toujours été différente ». 

« Il remet tout en question, a besoin de tout comprendre et met notre parole en doute ». 


Il n’est pas simple en tant que parents de s’y retrouver dans une société où certains diagnostics sont parfois victimes d’effet de mode. Au sein du 213, nous avons à coeur d’entreprendre avec l’enfant et sa famille une démarche claire et précise afin d’approcher au plus juste le développement singulier de l’enfant et de l’adolescent. Lorsqu’une suspicion de haute potentialité est évoquée dans la demande des parents qui consultent au sein du 213, nous préconisons quasi systématiquement de réaliser un bilan pluridisciplinaire en présence d’une psychologue et d’une neuropsychologue de l’équipe. Parfois, le regard d’autres professionnels de l’équipe peut également s’avérer judicieux. 

Au 213, nous partons du postulat qu’il existe autant de « profils HP » qu’il existe d’enfants. Nous ne préconisons pas la pose d’un diagnostic sur base de caractéristiques généralement associées à la douance. Il est en effet classique de lire ou d’entendre que les enfants présentant un profil cognitif de haute potentialité ont généralement une pensée en arborescence, qu’ils sont en avance sur les autres enfants de leur classe, qu’ils ont du mal à gérer leurs émotions, qu’ils ont des difficultés avec leurs pairs, qu’ils présentent une hypersensibilité et une hyperactivité. Ce n’est pourtant pas si simple et cette question de suspicion du haut potentiel mérite d’être réfléchie, accueillie, entendue et accompagnée avec l’enfant, l’adolescent et sa famille.

La mesure du Quotient intellectuel (QI) réalisée au 213 par la neuropsychologue (ou la psychologue) se veut également précise, complète et mise en lien avec le contexte de vie du patient. Le QI dans l’absolu est variable et dépendant de l’environnement dans lequel évolue l’individu mais aussi fonction de son état émotionnel. 

Que mesure exactement le QI ? 

Le Quotient Intellectuel (QI) a été mis au point à la fin du 19e siècle par Alfred Binet. Il s’agit d’une méthode basée sur une batterie de tests conçus pour évaluer les capacités d’un individu à traiter certains problèmes, tels que raisonner, planifier, penser, déduire, comprendre des idées complexes, etc. De quoi agréger un ensemble d’aptitudes principales cognitives. Les scores obtenus aux tests, analysés par un spécialiste, permettent d’établir le QI de la personne. Son score permet de le situer par rapport à la moyenne des gens de son âge. Le QI n’a d’ailleurs de sens qu’au sein d’une culture et d’une population donnée, il n’est pas absolu. En pratique, le QI moyen est arbitrairement fixé à 100 et l’écart type (la moyenne des écarts à la moyenne) se situe à 15. En d’autres termes, les valeurs « normales » de QI se situent entre 80 et 120. 

L’intelligence est mesurée à l’aide d’un test psychométrique qui fournit une indication quantitative standardisée. Le résultat de ce test correspond au Quotient Intellectuel (QI). Les résultats obtenus au test d’intelligence sont étalonnés sur une distribution normale (courbe de Gauss). 

Que savons-nous aujourd’hui du « haut potentiel » ? 

C’est Terman en 1926 qui est le premier à s’être intéressé aux enfants se situant à l’extrémité supérieure de la distribution des QI. Il qualifiait les enfants dont le QI était égal ou supérieur à 140 de « surdoués » (« gifted »). Aujourd’hui, ce terme tend à être remplacé par celui de « haut potentiel » qui met l’accent sur le caractère développemental du phénomène. Dans cette perspective, les compétences intellectuelles exceptionnelles ne sont pas considérées comme données d’emblée, mais comme s’actualisant progressivement durant l’enfance et l’adolescence en fonction de conditions environnementales favorables.

D’ailleurs, souvent, le haut potentiel ne se manifeste que dans certains domaines de l’intelligence et l’hétérogénéité des performances aux épreuves des tests est généralement la règle (Grégoire, 2009).

A la suite de Terman, de nombreux auteurs ont décrit les caractéristiques psychologiques de ces jeunes. Terrassier (2004) a souligné le décalage vécu par les enfants à haut potentiel entre leur développement cognitif et celui d’autres facettes comme l’affectivité et la motricité. Il parle à ce propos de dyssynchronie. Les difficultés psychologiques et relationnelles associées à cette dyssynchronie restent une question débattue. De nombreux auteurs ont affirmé que le haut potentiel prédisposait à des troubles psychologiques plus ou moins graves. Il est vraisemblable que cette représentation de l’enfant à haut potentiel découle d’un biais de recrutement. En effet, la grande majorité des psychologues ayant étudié des jeunes à haut potentiel se sont uniquement basés sur leur expérience des enfants vus en consultation clinique et n’ont pas eu l’occasion de rencontrer des jeunes à haut potentiel non-consultants. Les études longitudinales d’enfants tout-venants (Gottfried et al., 1994) ont montré que les jeunes à haut potentiel identifiés au sein de grandes cohortes ne présentaient pas plus de problèmes psychologiques que les autres enfants. De toute évidence, des recherches sur ces questions restent aujourd’hui nécessaires. 

Actuellement, aucune donnée scientifique ne permettent de mettre en évidence un profil affectif unique caractéristique de l’ensemble des jeunes à hauts potentiels. De même, la présence importante et systématique de difficultés relationnelles ou affectives chez ces jeunes, pourtant bien présente dans les représentations collectives, est de plus en plus contestée (Kostogianni, 2006 ; Evrard et Grégoire, 2008). Tant pour les troubles du comportement adaptatif qu’au niveau des compétences relationnelles, les auteurs obtiennent des résultats similaires à ceux d’une population tout venant.

Quel est le travail du neuropsychologue au sein du 213 ? 

La neuropsychologue au sein du 213 proposera l’évaluation du quotient intellectuel au travers d’épreuves standardisées psychométriques adaptées à l’âge du patient. Plus l’enfant est jeune, plus le testing se voudra ludique et attrayant. L’évaluation cognitive et intellectuelle permet d’avoir un regard à la fois quantitatif et qualitatif sur les aptitudes verbales, de connaissances générales, les aptitudes visuo-spatiales et visuo-constructives, les aptitudes de raisonnement et de logique, la vitesse de traitement et la mémoire de travail. Bien que les épreuves soient normées, celles-ci s’inscrivent dans une rencontre clinique, avec un professionnel chevronné et qualifié. 

En fonction du profil de l’enfant et des éventuelles difficultés énoncées, une évaluation attentionnelle ou des fonctions exécutives et mnésiques peut également être proposée. Une compréhension globale du fonctionnement cognitif, praxique et intellectuel de l’enfant ou de l’adolescent est ainsi envisagée et ce, en accord avec les besoins du patient. 

Les scores obtenus aux épreuves et les observations cliniques sont systématiquement mis en lien avec le contexte de vie de l’enfant ou de l’adolescent. Des questionnaires ou un échange avec l’enseignant (avec accord des parents et dans le respect du secret professionnel) peuvent parfois être proposés et s’avérer utiles. Une réflexion autour d’aménagements scolaires est également systématiquement envisagé avec l’enfant, l’adolescent et sa famille. 

Quel est le travail du psychologue au sein du 213 ? 

La psychologue du 213 va proposer, au travers de rencontres individuelles avec l’enfant ou l’adolescent, un bilan psychoaffectif. En fonction de l’âge du patient, la psychologue aura recours au jeu libre, à l’observation clinique, au dessin, aux méthodes projectives (CAT, TAT, Rorschach), à l’entretien clinique, à l’utilisation de questionnaires normés et validés scientifiquement. 

Les psychologues au sein du 213 sont formés et spécialisés dans l’accompagnement clinique de l’enfant et de l’adolescent et s’appuient dès lors, sur des travaux scientifiques récents, des outils thérapeutiques reconnus et validés scientifiquement ainsi que sur leur expérience clinique. Au terme des rencontres avec le patient, la psychologue clinicienne aura dressé une évaluation précise du développement psychoaffectif de l’enfant ou de l’adolescent mettant en avant son rapport à lui-même, aux autres et au monde (angoisses, mécanismes de défense, estime de lui-même, affects, rapport aux imagos parentaux, qualité d’attachement, angoisses de séparation, adaptation sociale, etc.).

Être psychologue d’enfant et d’adolescent est un métier et cela ne peut aucunement se résumer à de vagues connaissances psychologiques répandues dans les représentations collectives ou encore à se fier uniquement à ses pressentiments. La psychologue au 213 pose un diagnostic clinique en co-réflexion avec la neuropsychologue (et le cas échéant, avec le reste de l’équipe) en s’appuyant sur des données cliniques objectives.

Quelle co-intervention au sein du 213 ? 

Un premier entretien d’anamnèse et d’analyse de la demande sera proposé à l’enfant/l’adolescent et sa famille en présence des deux thérapeutes. Cette première rencontre est l’occasion de comprendre le développement du patient et les éventuels symptômes ou difficultés actuelles. Une analyse précise, à la fois cognitive et psychoaffective sera proposée dans le cadre d’un échange avec le patient et ses parents. 

Une fois les bilans respectifs réalisés, la psychologue et la neuropsychologue se réunissent pour rassembler les données collectées et les observations cliniques. A l’issue des échanges cliniques, un diagnostic est envisagé ainsi que des pistes d’aides thérapeutiques (si nécessaire). Nous ne posons jamais de diagnostic de haute potentialité intellectuelle avant 6-7 ans ou du moins, proposons de refaire le point à partir de l’entrée en primaire. Avant cet âge, une grande variabilité cognitive et intellectuelle est possible. 

Un entretien de remise de conclusions est alors proposé en présence du patient, de sa famille et des deux professionnels. Ce moment est ainsi l’occasion de faire le lien entre la demande initiale, les éventuelles difficultés ou symptômes énoncés et les observations cliniques repérées durant les rencontres individuelles.

Aucun bilan pluridisciplinaire pour suspicion de haut potentiel ne ressemble à un autre tant il s’agit à chaque fois, d’une rencontre éminemment singulière avec un enfant ou un adolescent et sa famille. Des réponses et observations cliniques ainsi qu’une réflexion clinique sont néanmoins toujours proposées à l’enfant et à ses parents. 

Pour conclure

A ce jour, les seules caractéristiques qui peuvent être mises en évidence de manière fiable découlent directement des hautes capacités intellectuelles, telles la rapidité d’apprentissage. Certaines spécificités se manifestent parce qu’elles sont influencées en partie par ces hautes capacités, mais, dans la plupart des cas, les caractéristiques individuelles souvent attribuées au haut potentiel ne devraient pas l’être. 

Le haut potentiel concerne environ 5% de la population générale. On trouve une grande variété de profils cognitifs. La combinaison de ceux-ci avec des traits affectifs, motivationnels et la personnalité rendront dès lors chaque personne unique. 

Le QI est une information clef indispensable pour pouvoir identifier le haut potentiel intellectuel. Cependant, à lui seul, il ne permet pas de répondre adéquatement aux besoins non rencontrés de la personne qui motivent généralement la démarche d’identification. Il nous semble donc nécessaire d’associer le QI à d’autres éléments d’évaluation pour comprendre le fonctionnement global de l’individu et les besoins qui en découlent. 

Plus que jamais au 213, autour de ces diagnostics « à la mode » déroutant parfois les parents eux-même en recherche de réponses, nous prenons le temps de réfléchir ensemble et d’accompagner le jeune et sa famille autour des ces vastes questions.


Mélodie Schreiber
Mélodie Schreiber

Neuropsychologue


Zoé Campus
Zoé Campus

Psychologue clinicienne et Thérapeute du développement

Rentrée scolaire : une valse à mille temps ?

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Ca y’est, l’heure de la rentrée a sonné. La sonnerie des cours de récréation retentit à nouveau, invitant les enfants et les adolescents à entrer dans la danse pour une nouvelle année scolaire. Les très longues vacances d’été sont belles et bien finies, il est temps de retourner sur les bancs de l’école et ce, malgré la pandémie actuelle.

La presse et les médias invitent petits et grands à « reprendre le rythme », à retrouver « un rythme scolaire ». De quel rythme est-il question ? Comment les enfants et les adolescents jonglent-ils avec ces rythmes ? Sur quelle partition le rythme scolaire vient-il se lier ?  


Le rythme à l’aube de la vie

L’origine de la vie humaine se voit déjà bercée par le rythme de l’embryogénèse. Ce petit être en devenir qu’est le fœtus, se développe au rythme des différents stades de l’embryogénèse et baigne ensuite dans un environnement intra-utérin qui ne cesse de lui offrir des variations de tempo. Le fœtus est ainsi porté par le rythme continu des battements cardiaques maternels et par le maintien tonique de la paroi utérine (les borborygmes). De ces bruits de fond émergent les bruits extérieurs, partiellement absorbés. L’enfant in utero ne reste pas passif face à un tel tempo, il possède une multitude de capacités sensorielles lui permettant de répondre aux stimulations rythmiques qui l’entourent. 

Le fœtus va aussi développer au fil des mois sa rythmicité propre. Il se verra ainsi mettre progressivement en place des mouvements rythmiques singuliers. Le sommeil du bébé in utero est entièrement indépendant de celui de sa mère, ce qui démontre également l’existence d’une rythmicité singulière et propre à l’enfant déjà avant sa naissance. 

L’accouchement est décrit par certains auteurs comme un orage rythmique et proprioceptif. Les contractions constituent généralement un des signes annonciateurs de l’accouchement, démarrant sur un rythme de basse régulier et devenant ensuite de plus en plus fréquentes, intenses et longues. Lors de l’arrivée du bébé, c’est le rythme cardiaque du nouveau-né (témoignant de sa bonne santé) qui reprend le rôle de basse, de fil continu. 

Rythme et petite enfance

Le rythme est essentiel au bon développement du bébé arrivé au monde. En effet, ce dernier dépend étroitement de la continuité de son environnement. Au sein des interactions parents-enfants, on repère classiquement les « macrorythmes » qui correspondent aux rythmes des soins maternants, organisateurs de par la répétition qui les caractérise (le lever, le repas, la toilette, le bain, le coucher, etc.) ; et les « microrythmes » qui désignent les rythmes à l’intérieur des interactions qui auront la particularité de faire émerger ou de soutenir du ludique dans l’interaction. 

Ainsi, la stabilité et les répétitions dans les macrorythmes apparaissent comme une condition minimale nécessaire au bon développement de l’enfant. Pour prendre une métaphore musicale, ils sont la « portée » : aucune note ne peut prendre place et s’organiser en mélodie en l’absence d’une portée. C’est à partir de là que vont pouvoir s’organiser les anticipations, et apparaître les premières pensées de l’enfant. La répétition est nécessaire pour que l’enfant puisse organiser, penser le temps et développer sa mémoire. 

Les macrorythmes sont sécurisants et essentiels aux touts-petits afin que ceux-ci, puissent développer une sécurité interne de base. En effet, c’est notamment au sein des soins que le bébé va s’attacher à partir de séquences répétées dans la manière dont il est pris en charge par les personnes qui s’occupent de lui. Si cette prise en charge est constante, régulière, fiable, elle va devenir petit-à-petit pour lui, prévisible, anticipable et donc l’univers de l’enfant va pouvoir se structurer autour de séquences qu’il peut imaginer, comme allant advenir dans son histoire, dans son environnement. Ces séquences lui permettent également de structurer le temps et le rapport à l’autre. 

Tic Tac Tic Tac

Mais si le rythme est essentiel au sein des interactions parents-enfants, le donneur de temps universel est l’alternance du jour et de la nuit qui sous-tend tous les jours, la succession des temps d’activation corporelle, des temps de vie relationnelle et sociale, des temps de loisirs et des temps intellectuels. De façon incontournable, c’est la succession des temps qui, tous les jours et d’un jour à l’autre, façonne et structure à tous les âges le fonctionnement corporel et cérébral des enfants, en particulier quand ils deviennent écoliers. 

Mais comment les enfants peuvent-il percevoir le temps ? 

Plusieurs chercheurs ont émis l’hypothèse de l’existence d’un mécanisme interne appelé « horloge interne ». Notre perception du temps serait fonction de cette horloge qui produit une base de temps qui servirait à une estimation temporelle intuitive durant toute notre vie. Elle serait susceptible d’être perturbée selon les rythmes externes mais aussi sous l’effet de stimulants ou de la fièvre. Cependant, à l’heure actuelle, nous ne savons rien des relations qu’entretient cette sensibilité naturelle avec les constructions temporelles plus réfléchies, élaborées au cours du développement par l’enfant. Ce que l’on sait, c’est que les premières expériences du temps sont affectives (souffrance liée à l’attente de l’assouvissement de la faim). La découverte de la permanence de l’objet joue un rôle fondamental dans la construction du présent. Certains auteurs rapportent la nécessité de disposer d’une certaine forme de conscience de soi pour pouvoir développer un sens du temps permettant de se situer et de situer les événements dans le présent, passé ou futur. Vers 3-4 ans, les enfants ordonnent correctement des séquences d’événements familiers. Toutefois, la façon dont les jeunes enfants sont capable d’utiliser l’ordre temporel dans leur raisonnement n’est pas encore claire. Le langage va considérablement transformer la mémoire de l’enfant ainsi que ses connaissances temporelles (il passe du « temps vécu » au « temps représenté »).

Rythme et adolescence

A l’adolescence, les notions temporelles sont bien installées. Nous l’avons vu plus haut, notre horloge interne est influencée par des paramètres de l’environnement, à commencer par la lumière. Mais, la puberté a tendance à allonger le rythme circadien des adolescents et à diminuer leur sensibilité à la lumière le matin. Dès lors, ils s’endorment plus tard le soir et se réveillent plus tard le matin. Le rythme circadien des adolescents est donc différent de celui des adultes et des enfants. Demander à un adolescent de se lever et d’être alerte à 7h30, c’est comme demander à un adulte d’être actif et alerte à 5h30 du matin. 

Par ailleurs, l’adolescence suscite une questionnement en profondeur des rythmes auxquels il se plie depuis sa naissance. Au sein de la famille, l’indépendance se révèle alors, entre autres, par la possibilité du jeune à se désynchroniser des horaires des parents, c’est-à-dire à personnaliser progressivement son propre rythme de vie. Dans le milieu scolaire, ces actes de désynchronisation peuvent prendre la forme de retard en classe. Certains jeunes utilisent les horaires imposés comme une norme à partir de laquelle il s’agit de se définir (provisoirement) en marge. Ces retards impliquent chez l’adolescent une reconnaissance du rythme scolaire comme repère pour définir son originalité et son individualité. 

Le noctambulisme est une autre forme bien connue de désynchronisation. En plus d’éviter les activités proposées éventuellement par la famille, le noctambulisme se lit comme un refus des rythmes des jours et des nuits, de l’activité et du sommeil, tels qu’ils s’imposent dans nos sociétés. 

La désynchronisation puise d’ailleurs sa légitimité auprès des adolescents parce que les rythmes défiés ne font pas toujours sens à leurs yeux. 

Retrouver le rythme scolaire

Si les enfants ont ainsi l’habitude d’être accompagnés par différents rythmes, de baigner dans un environnement rythmé et ce, depuis leur conception, il n’en est pas moins difficile de s’accorder à la rentrée scolaire. D’autant que le contexte de crise sanitaire actuel ne facilite pas les choses. Les enfants ont été confrontés à une interruption radicale de leur scolarité en mars 2020. Depuis, il sont amenés à avancer à contre-rythme, à s’ajuster, à s’adapter en permanence et ce, en parcourant une partition musicale non achevée et incertaine. Depuis de longs mois, petits et grands ont expérimenté une nouvelle cadence, plus lente, plus douce, moins contraignante pour certains, terriblement difficile pour d’autres. Cette rentrée scolaire serait-elle à l’image d’un « retour à la vie réelle » ? Est-ce que le rythme imposé par le confinement et les nouveaux modes de rapport au travail, à la scolarité déployés durant ces derniers mois n’étaient-ils pas plus proches des besoins des familles ? Pour plusieurs familles le « slow life », l’école à la maison, se centrer sur des valeurs essentielles, etc. ont été une véritable révélation. Pour d’autres, cette période sans école, sans cadre, sans routine, sans contenant, a été particulièrement compliquée.

De nombreux auteurs continuent d’ailleurs à débattre de la question des rythmes scolaires et de l’adaptation des temps et des aménagements nécessaires dans le déroulé de la journée, la semaine, les mois et l’année de l’enfant.

Que ce rituel de passage soit vécu avec légèreté, inquiétude, joie, tristesse, stress, ou autre, il n’en est pas moins qu’il marquera, au sein de toutes les familles, un changement. L’ensemble de l’équipe du 213 reste disponible pour vous accueillir et vous accompagner dans cette transition et ce, peu importe où les ajustements rythmiques viendront se marquer (alimentation, sommeil, émotions, corps, psychisme, relation, langage, etc.).

Belle rentrée à toutes et à tous, petits comme grands !

Zoé Campus
Zoé Campus

Psychologue clinicienne et Thérapeute du développement