Quel jeu proposer à un tout-petit de moins d’un an ? Les jouets sont-ils indispensables ?

a baby reaching for a toy

Saint-Nicolas et Noël approchent à grand pas ! S’il est parfois plus facile d’offrir le jouet de ses rêves à un enfant plus âgé, le sélectionnant lui-même d’ailleurs très souvent dans un catalogue de jouets, il peut parfois s’avérer plus difficile de savoir vers quel jouet se tourner pour un tout-petit. Mais d’ailleurs, ces jouets sont-ils tellement indispensables au bien-être et au développement de l’enfant ?

Vous avez très certainement déjà été témoin de scènes où un tout petit s’intéressait davantage aux lacets des chaussures des invités alors qu’il était entouré d’objets et de jouets spécifiques, spécialement conçus pour stimuler et favoriser son développement. Vous verrez qu’on peut très bien éveiller les sens du tout petit, avec presque trois fois rien et que le contenu de nos armoires à la maison sont de véritables cavernes d’Ali Baba pour eux !


Le jeu chez le bébé

Saviez-vous que le jeu est une activité reconnue par l’article 31 de la Convention des Nations unies relative aux Droits de l’Enfant ? Sa valeur, de plus en plus évidente dans le développement, la santé et le bien-être des enfants,  a contribué à la mise en place de politiques gouvernementales visant à s’assurer que tous les enfants aient accès à des expériences de jeu appropriées. 

En jouant, l’enfant développe notamment des capacités essentielles telles que se sentir bien dans sa peau (narcissisme primaire), apprendre qu’il a de la valeur (estime de soi), apprendre à donner et recevoir des sentiments (bagage affectif), renforcer son assurance d’être aimé pour lui-même (sécurité intérieure), apprendre à partager sur ce qu’il ressent (bagage émotionnel). Mais si le jeu participe ainsi au développement social et psychoaffectif de l’enfant, il a également une fonction essentielle dans le développement cognitif, langagier, physique et moteur et ce, dès son plus jeune âge. 

cute toddler playing with wooden rattle

La question du jeu chez le bébé concerne plus particulièrement la période spécifique du développement appelée « sensori-moteur » (0-2 ans) où l’ensemble des échanges avec le bébé passe par le corps. Durant la période sensori-motrice, l’enfant ne joue qu’en présence de l’objet (personne ou jouet).

On peut classer les jeux chez le bébé en deux grandes catégories : 

  • Les jeux « solitaires » où le bébé, seul, manipule des objets ou des parties de son corps. Les jeux solitaires font partie de la stratégie d’appropriation et de connaissance du monde par le bébé, aussi bien de son corps propre que des objets environnants. Ces jeux soutiennent l’éveil cognitif du bébé. 
  • Les jeux avec un partenaire, où le bébé, surtout au début, apparait comme celui avec lequel on joue même si très rapidement, le bébé deviendra un partenaire actif. Les jeux relationnels participent largement au développement des interactions (activités ludiques qui se déploient en dehors des échanges liés aux soins primaires, comme la toilette ou l’alimentation) qui permettent au bébé d’accéder au langage et à la symbolisation et ce, grâce au portage relationnel.

Le jeu n’existe pas sans plaisir partagé, ce qui implique nécessairement l’existence d’interactions parents-enfants, gratifiantes, contenantes et cohérentes. Pour faciliter la lecture des différents jouets existant pour le tout-petit, nous les classons ci-dessous par groupe d’âge mais insistons encore sur toute l’importance de la présence de l’adulte (active, ludique ou dans une attention soutenue) dans la découverte des jouets dans le jeu du et avec le bébé. 

0-3 mois – Interactions et découverte de l’environnement

De 0 à 3 mois, un bébé se montre davantage intéressé et stimulé par le visage et la voix des personnes significatives pour lui que par les jouets. Les interactions que les parents ont avec leur tout-petit comptent beaucoup pour l’amuser et stimuler ses sens. Il a donc à cette période de sa vie, surtout besoin de la présence aimante et chaleureuse de ses parents.

Il commence à peine à distinguer les couleurs, c’est  surtout les contrastes qui attirent son attention. Ses périodes d’éveil étant encore peu nombreuses, il convient d’être attentif à ne pas le surstimuler, lui qui doit déjà beaucoup assimiler toutes les stimulations et découvertes de son environnement. 

Le bébé va apprendre les jeux de bouche. Il va jouer à téter, ouvrir et fermer la bouche, mâcher, mordiller, rythmer le flux du lait, avaler, retenir, lâcher, faire couler, sucer. La bouche est un muscle que le bébé met à l’épreuve et, avec lui, les effets sur son corps et sur ceux qui l’entourent. Les jeux de bouche vont ainsi permettre chez le bébé la construction de son identité corporelle, du sentiment d’être entier. 

Exemple de jeux : 

  • Ses parents qui lui parlent, le bercent, lui chantent des chansons douces, le caressent, le massent, etc; 
  • Les cartes ou livres de contrastes;
  • Doudou ou peluche douce (lavée au préalable et non allergisante). 

Exemple de jeux DIY :  

  • Découper des formes géométriques simples dans du papier noir et les coller sur du papier blanc (ou inversement);
  • Ecouter de la musique douce et mélodieuse.

3-6 mois – Les sens en éveil et la coordination oculo-manuelle 

Au cours de ses premiers mois, un bébé apprend à découvrir son environnement avec tous ses sens. Les objets l’attirent en raison de leurs couleurs, de leur brillance, de leur mouvement, de leurs sons et de leurs textures.  Il les regarde, les touche et écoute les sons qu’ils produisent. Cela stimule ses sens et favorise petit à petit le développement de sa motricité. 

La coordination œil-main est mise en évidence vers 10-12 semaines, lorsque le bébé couché sur le dos porte délibérément ses mains à sa poitrine et joue avec ses doigts. Dans la même période, lorsqu’il est couché sur le ventre, tenant la tête et les épaules de façon constante, il ouvre et ferme ses mains pour gratter la surface de l’endroit où il se trouve, avec une appréciation simultanée de la vue et du son. Un jouet mobile comme un hochet peut être serré et amené vers le visage, mais parfois l’enfant peut se cogner avec le jouet et il se lasse vite au niveau visuel. 

Vers 3 mois, le bébé commence ainsi à s’ouvrir au monde extérieur et à attraper et manipuler les objets. Il voit mieux les jouets. Il distingue les couleurs, son champ de vision s’élargit, il porte les objets à sa bouche et distingue les différentes matières. 

C’est vers 4 mois que les jouets deviennent plus importants pour l’enfant, lorsqu’il commence à pouvoir les saisir volontairement. En effet, vers 18 à 20 semaines, le bébé peut atteindre et saisir le hochet qu’on lui présente, l’observer de façon prolongée et le secouer. Il peut serrer et desserrer des objets alternativement et porter des objets vers sa bouche ou les en éloigner.

Vers 5-6 mois, il aime les objets qu’il peut prendre facilement avec ses mains et encore plus ceux qui font du bruit. Il commence a comprendre la permanence des personnes mais pas encore celle des objets. Quand un jouet tombe de ses mains, sauf s’il reste dans son champ de vision, il cesse d’exister pour lui. 

Exemple de jeux : 

  • Tapis d’éveils, 
  • Mobiles musicaux, 
  • Hochets 
  • Boites à musique
  • Peluches douces, tissus de différentes textures
  • Jeux de dentition, anneaux de dentition
  • Jouets qui flottent dans le bain, 
  • Miroirs, 
  • Livres en tissus.

Exemple de jeux DIY : 

  • Dans un tupperware, placer des guirlandes lumineuses de toutes les couleurs;
  • Sac sensoriel : remplir un sac de congélation d’eau et d’éléments au choix (pompons, coquillages, paillettes, sequins, morceaux de papier aluminium, boutons, petits pois, élastiques de couleur, etc. ), bien le fermer et le scotcher sur le sol ou sur un carton;
  • Sacs sensoriels de différentes couleurs : dans plusieurs sacs de congélation, verser de l’eau avec des colorants alimentaires de couleurs différentes. Bien les fermer et les scotcher au sol ou sur un carton;
  • Sacs sensoriels de saison : remplir plusieurs sacs de congélation d’eau et  y ajouter des feuilles, des fleurs ramassées dans votre jardin ou lors de promenade.  Bien fermer le sac de congélation et le scotcher au sol ou sur un carton;
  • Bouteille sensorielle : dans une bouteille vide, y remplir de l’huile de paraffine et y ajouter les éléments que vous souhaitez (paillettes, sequins, pompons, étoiles, etc.);
  • Accrocher à son arche de jeux un ballon de baudruche légèrement gonflé, du feuillage du jardin, une éponge de douche, des spatules de cuisines de couleur différentes, des foulards de couleurs différentes, etc;
  • Scotcher au sol du papier bulles;
  • Remplir des bocaux avec des pâtes, des pompons, des coquillages, du maïs, etc.;
  • Réaliser un cerceau d’éveil sensoriel.

6 mois-9 mois – Exploration sensorielle et début de la permanence de l’objet

Le bébé poursuit l’exploration de son corps et de son environnement. Les jeux qui permettent la stimulation du toucher sont toujours gagnants. A partir de 6 mois, un tout-petit aime manipuler des objets de différentes formes et de différentes tailles. Ces activités l’exercent à bouger et utiliser ses mains et ses doigts pour saisir les objets. 

Vers 7 mois, le bébé est capable de passer un jouet d’une main  à l’autre avec un relâchement manuel volontaire. Vers 8 mois, il peut tenir assis de façon constante sur le sol, aller chercher des jouets à portée de main sans tomber, et atteindre des objets qu’il visualise. Tout ce qu’il trouve, il le suce, le mordille. Il sait se retourner, attraper ses pieds et tenir assis. Il apprécie de plus en plus le bain qui devient un moment de jeu. A table, il découvre les premiers aliments solides, les petites cuillères. 

La permanence de l’objet se développe autour  de 9-10 mois, et se manifestera par exemple lorsque le tout-petit lèvera un petit coussin pour regarder un objet de jeu caché en dessous. Peu de temps après, il développera ses capacités pour détecter un objet caché.

Au cours de cette période, l’enfant aime par ailleurs combiner simultanément les sensations tactiles et le bruit, en frappant ou frottant des objets. Le bébé apprécie également regarder un livre avec un adulte, il apprécie les images mais également les  livres qui permettent de toucher différentes textures. 

Exemple de jeux : 

  • Doudous, peluches;
  • Hochets;
  • Livres en carton;
  • Tapis d’éveil;
  • Jouets de bain;
  • Anneaux de dentition;
  • Boîte à musique;
  • Jouets de poussette;
  • Culbuto; 
  • Bulles de savon.

Exemple de jeux DIY : 

  • Planter des bâtonnets en bois dans une boite à œufs vide. Votre bébé se fera un plaisir de tous les sortir;
  • Dans un moule à cupcake, cacher des animaux en plastique dans chaque compartiment et les recouvrir de masking tape afin d’inviter l’enfant à les retirer;
  • Insérer des cure-pipes de différentes couleurs dans une passoire et inviter l’enfant à les retirer;
  • Proposer à votre enfant des paniers de « boite à trésors » sur des thèmes différents;
  • Peindre avec du yaourt : mélanger une dizaine de gouttes de colorant alimentaire dans un pot de yaourt;
  • Peindre dans un sac sensoriel : déposer de la peinture de différentes couleurs sur un papier que vous glisser ensuite dans un sac de congélation. Vous fermez le tout et le scotcher bien tout en invitant votre enfant à peindre en appuyant sur le plastique en réalisant des mouvements avec ses mains ou ses pieds.

9 mois-12 mois – Motricité et transition vers l’autonomie

Vers 10 mois, un bébé est plus habile dans ses manipulations et il commence à s’amuser à vider et à remplir à répétition des contenants, à les ouvrir et à les fermer. L’armoire à tupperware devient alors très attirante pour lui. Il s’amuse aussi  beaucoup avec des contenants au moment du bain. A cet âge,  il aime aussi emboiter les objets et construire des tours de blocs. Coller et décoller des velcros est une autre activité que les bébés apprécient et les aide à développer leur motricité fine. Les parcours à obstacles l’amusent également beaucoup et lui permettent d’explorer et de développer sa motricité globale. 

Durant cette période, le bébé commence également à comprendre la communication verbale de ses personnes de référence. Il commence également à trouver un sens à son monde intime et aime regarder et écouter les adultes familiers, être touché, parler et jouer avec eux. Le tout-petit se situe à cette période, entre un besoin de proximité avec ses personnes de référence et un besoin d’explorer, tout en intégrant activité motrice, vivacité sensorielle et satisfaction émotionnelle. 

Les imitations brèves et immédiates indiquent la possession d’une mémoire à court terme chez l’enfant,  poursuivie par la mise en place d’une mémoire à long terme. Toutes sortes de souvenirs sont alors stockés, associés à des expériences somatiques, cognitives et affectives significatives, pour une reconnaissance instantanée, une récupération et un assemblage créatif en cas de besoin.

Exemple de jeux : 

  • ballon, ballons en mousse;
  • Bloc de tissus ou de caoutchouc;
  • Contenant à remplir et vider;
  • Instruments de musique;
  • Jouets à emboîter, empiler; 
  • Jouets à pousser, à tirer; 
  • Jouets présymboliques pour imiter (téléphone, poupée, dinette, etc.); 
  • Livres d’images cartonnés;
  • Miroir incassable;
  • Ourson;
  • Tableau d’activités;
  • Tunnel en toile;
  • Piscine à balles;
  • Petit toboggan;
  • Boite à formes;
  • Animaux en plastique de couleur.

Exemple de jeux DIY : 

  • Coller un grand carré de papier pour recouvrir les cahiers, face collante vers vous. Disposez dans un  panier toute une série d’éléments que l’enfant pourra venir coller dessus (pompons, plumes, morceaux de pailles, yeux, stickers en mousses, etc.);
  • Bac sensoriel comestible : dans un bac en plastique, déposer des céréales loops (ou équivalent) mixés au blender pour constituer votre sable et y déposer dessus des animaux en plastique. Vous pouvez également y déposer des flocons d’avoine colorés avec du colorant alimentaire. Votre bébé pourra ainsi porter à sa bouche les éléments du bac sans danger;
  • Dans un grand bac en plastique, proposer toute une série de contenants et d’objets de la cuisine (bols en plastique, cuillères, tupperware, casserole, etc.) pour réaliser des jeux de transvasement;
  • Emballer des petits objets  (formes géométriques, animaux en plastique, etc.) dans des boules de papier aluminium et inviter l’enfant à les défaire;
  • Coincer des pompons dans un fouet et inviter l’enfant à les enlever.

Conclusion 

Vous l’aurez compris, jouets et jeux d’éveil proposés au tout-petit stimulent ses cinq sens et lui permettent de s’ouvrir au monde et d’appréhender ce qui le constitue. Ces premiers jeux sensoriels sont le dictionnaire du monde du bébé qui ouvrent à la connaissance de soi et de son environnement. Ces jeux vont accompagner les premières séparations du tout-petit (séparations sensorielles, émotionnelles, spatiales, relationnelles, affectives, etc.). Il doit pouvoir jouer alternativement seul et avec un adulte de référence et doit également pouvoir faire l’expérience de l’erreur. En jouant seul, le bébé va se tromper, ne pas réussir et cela lui permettra d’apprendre  sur lui et sur l’objet. Aussi, le jouet sensoriel, de par la variété des expériences ludiques qu’il propose, renforce le sentiment d’être du bébé,  nourrit son narcissisme primaire et fortifie sa sécurité intérieure. 

Le jeu moteur, quant à lui, permet au bébé de multiplier les initiatives. En dominant l’espace, le tout-petit va rencontrer le monde des affects et en jouer. Il apprend ainsi à convoiter le mouvement qui le conduit vers l’autonomie et l’émotion qui s’y attache. Le jeu moteur prend ainsi la dimension d’un acte fondateur dans la construction de la personnalité de l’enfant.

Notons enfin qu’il existe des jouets adaptés pour chaque âge et qu’il ne sert à rien d’offrir à un enfant des jouets complexes s’il n’est pas capable de percevoir les matières, les couleurs, etc. De même qu’un seul jouet suffit pour amuser un enfant et lui donner envie de l’exploiter. Il convient d’ailleurs d’être attentif à ne pas surcharger la chambre ou l’espace de jeu du bébé, ce qui l’empêcherait de jouer. L’idéal est le coffre à jouets ou les paniers qui permettent de laisser quelques jouets à disposition et de ranger les autres.

Zoé Campus
Zoé Campus

Psychologue clinicienne – Thérapeute du développement – Thérapeute par le Jeu et la Créativité

Neurodéveloppement de l’enfant : Vrai ou faux ?

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Pour démarrer la rentrée scolaire, nous vous proposons un vrai ou faux pour vous inviter à tester vos connaissances en matière de neurodéveloppement de l’enfant ! 

Plusieurs médecins, chercheurs et auteurs démocratisent depuis quelques années, les connaissances en matière de neuroscience et de neuroscience affective en les mettant au service des professionnels de l’enfance, des parents et des professionnels de l’éducation. Le Dr Catherine Gueguen a notamment regroupé plusieurs études récentes sur le sujet.

Voici l’occasion de tester ce que vous avez retenu des idées véhiculées dans les médias, les livres et sur les réseaux sociaux et d’en dissocier le vrai du faux. 


« Lors d’une colère, un enfant de 3 ans peut se calmer tout seul dans sa chambre »

FAUX. Durant ses premières années de vie, l’enfant ne peut pas s’apaiser seul. Quand on le laisse face à  sa détresse ou sa colère, l’amygdale cérébrale active la sécrétion des molécules du stress : le cortisol et l’adrénaline. Or le cortisol est extrêmement toxique pour le cerveau de l’enfant.

D’ailleurs, un taux élevé et prolongé de cette hormone peut détruire des neurones dans des zones essentielles du cerveau : cortex préfrontal, hippocampe, corps calleux, cervelet et conduire, à terme, à de nombreux troubles du comportement (agressivité), à de l’anxiété, à des difficultés d’apprentissage.     

Apaiser les émotions de l’enfant par le contact physique, mais aussi en l’aidant à verbaliser, favorise la maturation des lobes frontaux et des circuits neuronaux. L’amygdale cérébrale, le système nerveux sympathique, la surrénale qui participe à la sécrétion des molécules de stress se mettent alors  au repos. Le taux de cortisol et d’adrénaline diminue. Attention, cela ne veut pas dire qu’un enfant doit éviter à tout prix toute source de frustration et qu’il peut grandir sans limites. Nous développerons d’ailleurs un article à ce sujet le mois prochain.

« Faire du sport n’aide pas un enfant à réguler ses émotions ». 

FAUX. Le sport et la relaxation ont un impact majeur sur la chimie du cerveau et réduisent l’anxiété, l’agressivité et la dépression grâce à l’effet de la sérotonine, la neurodrénaline et la dopamine.

« Un bébé est capable de faire des mathématiques ! »

VRAI. Il est prouvé que les bébés analysent de façon « comptable »  leur environnement. Nous possédons tous, dès la naissance, certaines capacités mathématiques relatives à la perception de la quantité.

« Encourager un enfant l’aide à apprendre »

VRAI. L’hippocampe est l’une des structures cérébrales dévolues à la mémoire et à l’apprentissage. Quand on encourage l’enfant, son hippocampe augmente de volume, ses neurones et synapses se développent mieux, par l’intermédiaire du facteur neurotrophique : il apprend mieux  et  mémorise davantage. En revanche,  quand l’hippocampe est endommagé par un trop fort taux de cortisol, la mémoire et les capacités d’apprentissage sont altérées. 

« Il n’est pas bon de faire trop de câlins à son enfant ». 

FAUX. Les câlins ont des effets très positifs sur le développement de l’enfant. Ils modifient l’expression d’un gène qui renforce l’aptitude à résister au stress et densifie les connexions de l’hippocampe (action sur l’apprentissage, la mémoire). Les câlins font maturer les lobes frontaux, les circuits cérébraux et, de ce fait, agissent positivement sur les facultés intellectuelles et affectives. Les câlins augmentent la sécrétion du facteur neurotrophique, une protéine vitale pour le développement du cerveau. Ils font également sécréter à l’enfant de l’ocytocine, qui favorise l’empathie, l’amour, l’amitié, la coopération et diminue l’anxiété. Enfin, les câlins activent le système parasympathique, qui régule les émotions, apaise, améliore la faculté de penser et  de se concentrer.

Vous l’aurez compris, les câlins ajustés, c’est bon pour la santé, alors surtout, ne vous en privez pas ! 

« L’intelligence d’un enfant est acquise à la naissance, cela ne sert à rien de la travailler »

FAUX. L’intelligence se développe, se travaille, se renforce. Le fait d’apprendre de nouvelles choses va développer les capacités du cerveau. Plus on apprend, plus on crée de connexions entre les neurones. Ces connexions vont aider à développer le cerveau le rendant plus « élastique » (plasticité cérébrale). 

Les neuroscientifiques ont d’ailleurs découverts que le cortex préfrontal (zone dédiée aux responsabilités, planifications, définition des priorités et à la maîtrise des émotions) n’arrive à maturité que vers 25 ans ! 

« L’intestin est le deuxième cerveau de l’enfant »

VRAI. L’intestin est riche de neurones connectés entre eux et colonisés de milliards de bactéries intelligentes qui conduit notre appareil digestif à influer sur nos émotions et donc notre comportement. F. Joly Gomez rappelle d’ailleurs que dans l’intestin, la sérotonine régule l’humeur grâce à un nerf crânien qui permet aux signaux de faire l’aller-retour entre l’intestin et le cerveau. L’alimentation du bébé, du jeune enfant et de l’adulte également, influe sur notre comportement. G. Enders a d’ailleurs écrit le célèbre livre « le charme discret de l’intestin » à ce sujet. 

« A l’adolescence, cela n’est plus utile de corriger ses erreurs »

FAUX. Il est toujours important de repérer ses erreurs lors d’une évaluation ou d’un contrôle, de les corriger afin  de comprendre pourquoi l’erreur a été commise et ensuite de mémoriser la bonne réponse ou le bon raisonnement. Ces stratégies relèvent de la métacognition. Il est essentiel de mettre à jour ce qui a été enregistré dans notre mémoire pour ne pas commettre les mêmes erreurs et ce, dès les premiers apprentissages.

L’expression « on apprend de ses erreurs » est tout à fait juste ! 

« A 5 ans, un enfant qui fait tout le temps des colères est un enfant capricieux ! ».  

FAUX. Avant 5 ou 6 ans, l’enfant ne peut contrôler seul ses émotions, son cerveau n’est pas encore mature et ses tempêtes émotionnelles (joie, tristesse, peur) ont toujours besoin d’être accompagnées par un adulte bienveillant, empathique, maternant et affectueux. Cette attitude permet à son cerveau de maturer. Attention, à nouveau, nous attirons votre attention sur les risques de laxisme et l’importance capitale de maintenir des limites et d’offrir un cadre à l’enfant. Nous vous renvoyons à nouveau à l’article du mois prochain à ce sujet.

« Jouer développe le cerveau »

VRAI. J. Pansepp, le grand spécialiste des circuits cérébraux du jeu rapporte que le jeu et le plaisir qui l’accompagne modifient l’équilibre émotionnel de l’enfant en stimulant la sécrétion d’endorphines et permet la densification des neurones.  

« Pour réussir à l’école, l’enfant doit renforcer ses automatismes ».

FAUX. Olivier Houdé a théorisé le principe d’inhibition cognitive qui permet de résister aux habitudes, aux automatismes, mais également aux distractions afin de s’adapter à des situations complexes. Selon Olivié Houdé, le défaut d’inhibition peut expliquer des difficultés d’apprentissage (erreurs, biais de raisonnement, etc.) et d’adaptation, tant cognitive que sociale. Pour s’adapter, l’enfant doit apprendre à sortir de ses habitudes en inhibant ses réflexes liés à l’habitude. Le cerveau des enfants est capable de cette inhibition et nous, adultes, pouvons les accompagner en éduquant à l’inhibition (pédagogie du cortex préfrontal). Il est du devoir des adultes de soutenir et de comprendre la logique des erreurs des enfants plutôt que les critiquer, les punir ou se moquer d’eux. 

« L’infobésité » est un nouveau terme qui signifie les risques pour l’enfant du trop plein d’informations véhiculés par notre société »

VRAI. Les neuroscientifiques disent clairement que quand le cerveau est informé, il est programmé pour agir. Quand un enfant reçoit une information (et un adulte aussi d’ailleurs) sans pouvoir rechercher et comprendre les causes et agir (faire des recherches, lire un article sur le sujet, regarder un documentaire, faire  un  don, etc.) l’information reçue est vécue comme une pollution sonore et visuelle et donc anxiogène. 

« Il ne faut jamais laisser un bébé de mois de 6 mois pleurer seul dans son lit ». 

VRAI. Il est important de répondre aux pleurs de votre enfant. Il ne vous manipule pas, il ne pleure pas volontairement et ne fait pas des caprices. Il pleure toujours pour dire quelque chose (il est peut-être stressé, contrarié, fatigué, il a chaud, il a froid, il a mal, etc.). Notre travail en tant qu’adulte est de comprendre pourquoi il pleure, et à réagir de façon adaptée. Les pleurs lui permettent de se déstresser et d’attirer votre attention (contrairement aux animaux, le bébé ne peut pas se débrouiller seul, il lui est impossible de fuir quand il a peur, de se nourrir quand il a faim). Ne pas répondre aux pleurs d’un tout petit sur du long terme déclenche la sécrétion de cortisol (molécule de stress). Par ailleurs, à répétition, le bébé risque d’intégrer que pleurer ne sert à rien, puisque personne ne répond. Il va donc intérioriser ses inquiétudes, ses peurs, ses angoisses, ses colères et peut s’enfermer sur lui-même. Il risque de prendre l’habitude de ne plus exprimer ce qu’il ressent, ayant appris de façon précoce que malgré ses alertes, il ne trouve pas de réponse à ses besoins.

Attention, à nouveau cela n’est en rien une information qui se veut culpabilisante pour les parents. Nous insistons sur le caractère répété et à long terme qui peuvent induire un état de détresse chez l’enfant.

« A 3 ans, cela ne sert à rien de demander à un enfant de nous aider à faire le ménage »

FAUX. Pour développer les fonctions exécutives des enfants, il faut laisser la place à l’autonomie de l’enfant dès son plus jeune âge. N’hésitez pas à encourager votre enfant à faire seul certaines tâches. Avec l’aide de petites tâches du quotidien, l’enfant pour atteindre l’objectif donné devra se concentrer (contrôle inhibiteur), se souvenir de comment on fait (mémoire de travail), et ajuster son comportement en cas d’erreur (flexibilité cognitive). 

« Apprendre des poésies par cœur améliore la mémoire de l’enfant ». 

FAUX. La mémoire n’est pas un muscle. Il importe de renforcer les stratégies de mémorisation (ex : la visualisation, la métacognition, les images mentales) plutôt que d’apprendre par cœur. Si on apprend à un enfant comment mémoriser, cela sera utile mais l’apprentissage par cœur n’augmentera pas ses performances mnésiques.  


Conclusion

Les récentes études en neurodéveloppement et en neurosciences affectives nous enseignent l’importance que joue l’environnement sur le développement du cerveau des enfants et des adolescents et tout l’intérêt que les parents et professionnels ont à s’intéresser au fonctionnement cognitif général des enfants pour assurer leur développement et leur bien-être.

Mais si les neurosciences nous informent et outillent davantage les adultes sur les connaissance de l’enfant, il convient d’être attentif à ne pas tomber dans une culpabilisation des parents ni à glisser dans les extrêmes. Les éléments transmis ci-dessus ne sont pas des guidelines à suivre au pied de la lettre. Il est évidemment très important de toujours tenir compte d’un tas de facteurs inhérent aux situations singulières de l’enfant et de sa famille et de ne pas hésiter à se référer à des professionnels avisés en cas de doutes ou de souffrance.

Enfin, permettre aux enfants d’apprendre à connaître le fonctionnement de leur cerveau et le développement de ce dernier leur offre la possibilité d’avoir conscience du potentiel évolutif (de sa plasticité) de leur cerveau. Dans le livre « ton fantastique cerveau élastique »,  la psychologue J. Deaket invite d’ailleurs les enfants à découvrir  les neurosciences, l’anatomie et le fonctionnement de leur cerveau. Ainsi, face aux difficultés rencontrées par exemple dans le cadre des apprentissages, la confiance peut se renforcer chez l’enfant !


Mélodie Schreiber
Mélodie Schreiber

Neuropsychologue


Zoé Campus
Zoé Campus

Psychologue clinicienne ~ Thérapeute du développement ~ Thérapeute par le Jeu et la Créativité

La stimulation des précurseurs de la communication

photo of a boy reading book

Saviez-vous qu’avant que l’enfant puisse communiquer par des mots, il est nécessaire qu’il acquière plusieurs habiletés et comportements pour arriver à parler ? En effet, le langage s’enracine dans la communication préverbale et dépend fondamentalement de l’accès à l’intersubjectivité. 

Dès la naissance, le bébé communique à l’aide de précurseurs de la communication. Il s’agit de comportements communicatifs qui apparaissent avant le stade des premiers mots. Les précurseurs langagiers comprennent le contact visuel, l’imitation motrice et verbale, l’attention conjointe, l’attention auditive, les demandes non verbales, les tours de rôle, la communication intentionnelle et le jeu symbolique


Langage et communication

Absent à la naissance, mais entendu et reconnu par le nouveau-né, le langage se développe durant les trois/quatre premières années de vie (si des pathologies physiques ou psychiques ne viennent pas troubler son acquisition). Les principes fondamentaux qui structurent le langage sont universels à toutes les langues et inscrits dans le code génétique comme un programme offrant à chacun l’aptitude à devenir un sujet parlant. L’enfant qui ne présente aucune déficience des organes cérébraux, sensoriels et phonatoires, dispose de la faculté d’apprendre à parler ; mais ceci n’est pas suffisant pour qu’apparaisse et se développe correctement le langage. L’affectivité et la richesse du bain linguistique dans lequel il va baigner, sont autant d’éléments déterminant à l’acquisition des mots. Enfin, il ne suffit pas, à l’enfant, d’acquérir seulement un code linguistique qui serait un « parler mécanique » sans émetteur ni destinataire, mais il doit développer un langage signifiant pour devenir sujet et parler aux autres de façon communicative. 

Comment stimuler les précurseurs à la communication ?

En jouant ! Et oui, le jeu permet à l’enfant d’apprendre et de développer un tas de fonctions essentielles à son développement dont le langage fait partie. Il y a toute une série de jeux simples auxquels vous pouvez jouer avec votre enfant et dès lors, indirectement « travailler » la parole et le langage. L’apprentissage du langage ne doit pas être fait dans un environnement structuré mais au sein d’activités ludiques quotidiennes de plaisir partagé. 

Comment stimuler le contact visuel ?

Le contact visuel est la capacité à établir un contact oculaire avec l’autre et à le maintenir. 

Idées d’activités : 

  • Jeux de cache-cache : l’adulte cache son visage avec un drap, l’enfant doit tirer sur le drap pour découvrir son visage et essayer de capter le regard de l’adulte. 
  • Jeu de câlins musicaux : l’adulte met de la musique pendant quelques minutes. À l’arrêt de la musique, il s’approche doucement de l’enfant, le salue et lui dit « bonjour, allo, bon matin, salut, etc. », accompagné d’un câlin.
  • L’adulte met un objet signifiant sur son visage afin d’inciter l’enfant à le regarder (ex : lunettes géantes, nez de clown, gommettes, …). 
  • L’adulte appelle l’enfant en se mettant dos à lui et le félicite lorsqu’il pose le regard sur lui.
  • L’adulte attire le regard de l’enfant sur des bulles.

D’un point de vue langagier, le contact visuel permet d’informer sur l’articulation des sons et sur l’expression faciale et de vérifier si le message est compris via des indices non verbaux (attention de l’interlocuteur). 

Comment stimuler l’imitation ?

L’imitation est l’acte de reproduire, de façon identique, ce qui vient d’être produit oralement ou gestuellement. Elle se développe progressivement. Avant 6 mois déjà, l’enfant imite le parent lorsqu’il voit que celui-ci l’imite. 

Idées d’activités : 

  • Pour stimuler l’imitation motrice : comptines répétitives avec des gestes simples (ex : « tape, tape, tape » (taper des mains), « pique, pique, pique » (piquer le doigt dans la paume inverse), roule, roule, roule (agiter les mains en geste de roulade), « cache, cache, cache » (mettre les mains sur les yeux)), imiter l’enfant face à un miroir et l’inciter à imiter (« gros sourire ! », l’inciter en touchant doucement les coins de sa bouche).
  • Pour stimuler l’imitation verbale : reprendre les vocalises de l’enfant, faire des onomatopées (« boum, c’est tombé »).

D’un point de vue langagier, l’imitation permet de comprendre l’usage des mots. Il s’agit d’un moyen non verbal de communiquer et elle développe les intentions de communication. 

Comment stimuler l’attention conjointe ?

L’attention conjointe est la capacité à alterner le regard entre un objet et le regard de l’adulte, de façon à communiquer son intérêt envers l’objet regardé. Elle se développe par étapes successives. Tout d’abord, le bébé suit le regard de l’adulte. Ensuite, il pointe l’objet qui l’intéresse puis il parvient à regarder en alternance l’objet/l’adulte. 

Idées d’activités : 

  • Se tourner vers l’enfant lorsqu’il appelle pour l’inciter à comprendre que, lorsqu’il fait une demande, l’adulte se tourne vers lui
  • Orienter son attention vers un objet, d’abord un objet qu’il apprécie, en le pointant ou en appelant l’enfant. Ex : faire des bulles, pointer les bulles en lui demandant de regarder. 
  • L’adulte éclaire un objet que l’enfant regarde avec une lampe de poche puis il éclaire son visage pour attirer le regard de l’enfant. 
  • Proposer des jeux et des activités de partage (ex : aliments coupés en deux, manger tous les deux, en même temps, chacun prend un morceau). 
  • Faire des jeux d’échange : ballon, voiture, …

D’un point de vue langagier, l’attention conjointe permet d’intégrer le concept de « référence commune » (nous communiquons à propos du même objet) et d’encoder correctement le vocabulaire. 

Comment stimuler l’attention auditive ?

L’attention auditive est le fait de sélectionner un bruit dans son environnement et de s’y intéresser.

Idées d’activités :

  • Éliminer les sources de bruits qui pourraient nuire à l’attention de l’enfant (télévision, radio, etc.). 
  • Appeler l’enfant dans son dos et faire attention à ce qu’il se retourne puis le féliciter. 
  • Utiliser des objets sonores (tambour, grelot …). 
  • Se procurer des casse-têtes à encastrer sonores (ex : animaux de la ferme) et des lotos sonores.

D’un point de vue langagier, il est nécessaire d’être attentif aux sons pour les imiter. Lorsque l’enfant écoute avec attention, il acquiert des sons, développe son vocabulaire et sa compréhension. 

Comment stimuler les demandes non verbales à l’aide du pointage ?

Le pointage est un geste permettant à l’enfant de désigner un objet de son doigt en regardant le visage de son interlocuteur. Il tend alors son doigt vers un objet pour signaler son intérêt pour celui-ci. 

Le pointage nécessite la présence et l’acquisition de l’attention conjointe.  En effet, pour que l’enfant comprenne que, lorsqu’il pointe, l’adulte comprend son intention, il faut que son attention conjointe soit installée. 

Idées d’activités : 

  • Pointer un objet en le touchant et prendre la main de l’enfant à sa place. Lorsqu’il regarde, pointer en direction de l’objet. S’éloigner progressivement.  
  • Utiliser les outils numériques.
  • Inciter à désigner : « montre-moi … »
  • Désigner les objets : « regarde… » et pointer.
  • Utiliser des bulles de savon : quand il touche une bulle, elle éclate.
  • Utiliser des imagiers (s’il ne comprend pas les dessins, utiliser des vraies photos). 

Comment stimuler le tour de rôle ?

Le tour de rôle désigne l’alternance d’une activité entre plusieurs participants (jeu, action, parole).

Idées d’activités : 

  • Utiliser un instrument de musique. Prendre, par exemple, un xylophone et une baguette pour deux. 
  • Utiliser un seul pinceau pour deux lors d’une activité de peinture.  
  • Jeux d’échange : un ballon, une voiture. L’adulte est assis sur le sol, face à l’enfant, il pousse une voiture ou un ballon vers l’enfant et dit « Go » ou « Partez ». Lorsque l’objet arrive près de l’enfant, l’inciter à le pousser à son tour en lui disant « Go », « Partez ». 
  • Ne pas dire le prénom de l’enfant, mais dire « à toi, à moi ». 
  • Souligner les mots « à ton tour, à mon tour, à toi, à moi, … » dans les activités de la vie quotidienne (« Je mélange la sauce, puis c’est à ton tour », appuyer d’un geste). 

D’un point de vue langagier, la compréhension du tour de rôle permettra à l’enfant de comprendre les tours de parole dans une conversation. Cela rendra l’enfant disponible pour les modèles verbaux que l’adulte lui donnera. 

Comment stimuler la communication intentionnelle ?

La communication intentionnelle apparaît lorsque l’enfant a une intention précise qu’il désire transmettre, lorsque l’enfant souhaite faire des demandes à l’autre.

Idées d’activités : 

Exemple de gestes sur naitreetgrandir.com/fr
  • Inciter le besoin de communiquer. 
  • Ne proposer qu’un morceau de la collation afin qu’il sollicite l’adulte pour obtenir l’autre moitié (à l’aide de pointage, de pleurs, …). Il est nécessaire de répondre rapidement à cette sollicitation. 
  • Oublier de donner un objet requis pour l’activité (ex : pas de peinture, uniquement un pinceau). 
  • Donner un objet mécanique difficile à activer afin qu’il doive demander de l’aide. 
  • Interrompre l’activité en cours afin qu’il fasse une demande pour qu’elle se poursuive. 
  • Proposer peu de jouets à la fois. 
  • Mettre un jouet qu’il aime à sa vue, mais hors de sa portée, attendre qu’il pointe ou qu’il s’anime avant de le lui donner. 
  • Ajouter des gestes à la parole afin qu’il vive des succès en communication et qu’il développe sa parole. Rem. : les gestes ne ralentissent pas le développement du langage, mais le soutiennent. 

D’un point de vue langagier, si l’enfant à des difficultés communicationnelles, il aura tendance à éviter de parler ou de communiquer. Il doit donc être incité à transmettre ses désirs afin de vivre des succès par rapport à la communication. Pour développer ses habiletés langagières, l’enfant doit communiquer de manière intentionnelle. 

Comment stimuler la permanence de l’objet ?

La permanence de l’objet est la capacité à trouver un objet caché. L’enfant comprend qu’un objet ou une personne qui n’est plus visible continuent à exister. Elle apparaît entre 4 et 8 mois et se poursuit jusqu’à 18 et 24 mois où il devient capable de conserver une représentation mentale de l’objet. 

Idées d’activités : 

  • Jouer à « coucou-caché » : cacher son visage avec les mains devant le bébé en disant coucou et ouvrir pour révéler le visage en disant « beuh ». 
  • Cacher le visage de l’enfant sous une couverture.  
  • Cacher un objet sous la couverture. 
  • Cacher des objets sonores. 
  • Choisir une boîte transparente, l’enfant voit l’objet intérieur, puis utiliser une boîte un peu plus opaque, puis une boîte opaque. Rem. : il est important d’utiliser des objets que l’enfant apprécie.
  • Fabriquer une boîte de permanence de l’objet (http://howiplaywithmymome.fr/boite-permanence-objet-jeu-bebe-a-fabriquer/).

D’un point de vue langagier, l’enfant a besoin de comprendre qu’il peut demander un objet même lorsqu’il n’est pas présent dans son environnement.

Comment stimuler le jeu symbolique ?

Le jeu symbolique désigne l’activité de « faire semblant ». Il s’agit de la capacité à détourner l’utilisation d’un objet.  Le jeu de faire-semblant apparaît vers 18 mois. 

Idées d’activités : 

  • Proposer une palette d’objets réalistes qui font partie de scénarii quotidiens (cuisinière, poupée, biberon, etc.). S’il ne comprend pas, jouer à sa place et progressivement, il créera ses jeux à lui.  
  • Utiliser des objets du quotidien et en faire des usages multiples (ex : faire une tente à l’aide d’un drap, un château avec des coussins, pêcher sur un drap étendu au sol, faire de la musique avec des couverts en bois et des casseroles, utiliser un grand carton comme maison, etc.).

Vous l’aurez compris, l’origine des troubles du langage, aussi profonds soient-ils, est toujours à rechercher avant les mots, au niveau du fonctionnement des toutes premières interactions.

Pour conclure, nous attirons votre attention sur le fait que si plusieurs précurseurs à la communication ne sont pas présents vers 18 mois, il pourrait être pertinent de contacter le 213 enfants, adolescents, famille afin d’écarter toute difficulté dans le développement de votre enfant.

Adeline Hanzir
Adeline Hanzir

Logopède

« Des bonbons ou un sort » ~ Même pas peur de la peur !

children holding a halloween design buckets

La fête d’Halloween est, chaque année, l’occasion pour les enfants de récolter des bonbons, de se déguiser et de faire la fête mais surtout, de faire face à leurs plus grandes peurs. 

La peur est une émotion naturelle qui accompagne la prise de conscience d’un danger extérieur. Elle se manifeste aussi bien chez les humains que chez les animaux. La peur est fondamentale et universelle en agissant comme un système d’alarme, permettant à l’individu d’attiser sa vigilance et de mettre en place des réactions de défense. 


Comment la peur se développe-t-elle chez l’enfant ? 

Les premières expériences de peur surviennent très précocement dans la vie. La peur est une émotion « primaire » (de base ou universelle) parmi les premières émotions que vivent les enfants. Les six principales émotions (joie, tristesse, dégout, peur, colère et surprise) apparaissent d’ailleurs au cours de la première année de vie de l’enfant.  

Les nourrissons lorsqu’ils sont confrontés à des bruits soudains ou à une sensation de chute, expriment leur peur par des cris, des pleurs ou des mouvements incontrôlés. Il s’agit là d’une peur primaire, d’origine physiologique plus que psychologique. Ensuite, émergeront les peurs relatives aux dangers réels ou imaginaires, qui menacent le lien entre l’enfant et son milieu protecteur. Le contenu de ce type de peurs est remarquablement similaire d’un enfant à l’autre et leurs déplacements constitue un enjeu pour le développement affectif de l’enfant. 

  • 0-6 mois : Peur de tomber, perte d’appui, peur des bruits forts, peur d’objets entrant brusquement dans son champ de vision.
  • 7 mois – 1 an : angoisse de séparation, d’abandon, peur des visages inconnus, peur des bruits forts.
  • 1-4 ans : peur des bruits forts, peur des animaux (grands chiens), peur du noir, peur d’être seul, peur des changements dans l’environnement, peur du père noël, peur des clowns, peurs pssagères.
  • 5-6 ans : Peurs spécifiques (médecins, voleur, etc.), peur des animaux sauvages, peur des monstres, peur des fantômes et créatures surnaturelles, peur d’être seul.
  • À partir de 7 ans : peurs plus réalistes, peurs générées par l’actualité comme la peur qu’un parent meurt, peur d’un accident, peur d’une catastrophe naturelle. 
  • Adolescence : peur autours de l’évaluation négative de son entourage. Peur de l’embarras, peur de l’échec scolaire ou des relations intimes, peur de la mort, peur de son apparence physique. 

Durant l’enfance, les peurs apparaissent et disparaissent. Elles reflètent généralement les étapes de la maturation du psychisme de l’enfant. 

Avoir peur de la peur

La peur survient donc lors de la confrontation, réelle ou imaginaire, à l’objet redouté. Mais, les enfants peuvent également développer la capacité à anticiper les dangers, qui donne naissance aux premiers sentiments d’anxiété. En d’autres termes, la peur de la peur. A nouveau, l’anxiété est un phénomène normal qui permet de se préparer à la survenue d’un événement stressant et de mobiliser ses ressources pour y faire face. Au fil des années, l’enfant apprendra à identifier les situations qui lui font peur et qui le rendent anxieux et, il apprendra également à y faire face. 

Il peut toutefois arriver que la peur et l’anxiété deviennent incontrôlables, excessives et perturbent le fonctionnement quotidien. On parlera alors d’anxiété pathologique, voire de troubles anxieux si les symptômes correspondent à une entité clinique spécifique.

Bouh ! 

En dehors des peurs classiques que l’on retrouve chez la plupart des enfants dans leur développement, il existe également des « peurs acquises ». Ces dernières peuvent être une réelle source de souffrance pour l’enfant, renvoyant généralement à une situation déjà vécue par l’enfant. On entend par « peurs acquises », les peurs dues à un choc, un événement traumatisant ou effrayant dont l’enfant a pu être témoin ou victime, pouvant laisser des souvenirs lourds. 

Mais il arrive aussi parfois que certains enfants reproduisent les attitudes ou les comportements de leurs parents et développent dès lors les mêmes peurs qu’eux. 

Enfin, d’autres enfants rapportent qu’ils n’ont peur de rien ! En réalité, très souvent, ce sont des enfants qui nient toute peur et qui ont tellement peur de leur(s) peur(s), qu’ils préfèrent ne pas la ressentir et la refouler au fond d’eux. 

Comment les aider à affronter leurs peurs ? 

Même le jour d’Halloween, il n’y a pas de réponse toute faite à cette question. Les peurs font partie de la vie et l’enfant va, au fur et à mesure, apprendre à composer avec cela. Cependant, comme nous avons un peu peur des mauvais sorts au sein du 213 Centre thérapeutique, nous avons plutôt décidé de remplir le chaudron d’Halloween du lecteur, de quelques bonbons : 

  • Prendre au sérieux la peur de l’enfant et respecter son émotion ;
  • Accepter et comprendre la peur de l’enfant ;
  • Favoriser l’expression de ses émotions pour apprendre à les maîtriser ;
  • Augmenter le sentiment de contrôle de l’enfant sur la situation ;
  • Dédramatiser et parler de ses propres peurs lorsqu’on était enfant ;
  • Renforcer son courage (lui rappeler les situations où il n’a pas eu peur) ;
  • Utiliser des médias pour parler de la peur et jouer avec la peur (jeux, dessins, histoires, etc.) ;
  • Ne pas hésiter à consulter si cela prend trop de place et se cristallise. 

Ces quelques pistes sont une invitation à accompagner l’enfant face à ces peurs mais nous vous invitons à garder en tête qu’apprendre à affronter ses craintes est une étape importante du développement de l’enfant. Chaque enfant parcourra cela à son rythme, avec le bagage qui est le sien. Vouloir à tout prix faire disparaître les peurs de l’enfant ne l’aidera dès lors pas à les apprivoiser. 

Il ne nous reste plus qu’à souhaiter à tous les petits et grands enfants (et leurs parents) de bien s’amuser, de jouer et d’apprivoiser leurs peurs lors d’Halloween.

Zoé Campus
Zoé Campus

Psychologue clinicienne ~ Thérapeute du développement ~ Thérapeute par le Jeu et le Créativité

Représentation de soi dans l’enfance

carefree girl spinning in park

« A partir de quel âge mon enfant a-t-il conscience de lui-même ? » 

 « Qu’est-ce que j’ai fait pour qu’il n’arrête pas de s’opposer ? »  

« Pourquoi ne peut-il pas s’excuser auprès de son frère/sœur ? »

« Pourquoi veut-il jouer à papa et maman ? » 

« Il est toujours en demande de contacts avec ses camardes, n’est-il pas bien à la maison ? » 

« Comment se représente-il ? » 

Toutes ces questions peuvent trouver une partie de leur réponse au regard de la construction et de la représentation de soi. La notion de représentation de soi est largement répandue dans le champ de la psychologie. Représentation de soi, connaissance de soi, perception de soi ou encore sentiment de soi sont autant de concepts renvoyant à l’auto-perception qu’un individu peut avoir de lui-même. Cette notion multidimensionnelle varie en fonction de différents facteurs comme les traits de personnalité, les valeurs, les normes et les modes de fonctionnement d’un individu mais également les stades de développement durant l’enfance. 

Ayant à cœur d’éclaircir le sujet, nous avons décidé dans cet article de faire correspondre, pour chaque stade de développement ce que traverse l’enfant dans l’émergence de sa représentation de lui-même. A différent moment de son développement, l’enfant prendra appui sur divers éléments pour construire, petit à petit, cette représentation qu’il a de lui-même ainsi que son sentiment d’exister. 


Nourrisson, représentation de soi et accordage interactif

L’aube de la représentation de soi est liée à la naissance de la vie psychique. Le nourrisson étant un être de sensations brutes au départ (sensations de faim, douleurs, plaisir) passera dans un premier temps par une fusion nécessaire à l’adulte qui répondra à ses besoins. Durant cette phase de fusion, le nourrisson n’a pas encore accès à une représentation de lui. Petit à petit, grâce à la réponse adaptée et de qualité à ses besoins, il sortira des sensations indifférenciées et de ce fonctionnement en fusion pour se créer un sentiment continu d’exister selon Winnicott.  

Les protopensées décrites par Bion, sont liées à des vécus sensoriels (comme la faim). Elles vont faire émerger des émotions dites primitives (le manque ou le plaisir). Petit à petit, la réponse à ses vécus sensoriels et la satisfaction associée vont permettre au nourrisson de se créer des préconceptions sur lequel il peut s’appuyer comme tuteur de développement. Ainsi, l’accès à une pensée un peu plus construite permettra alors au nourrisson de développer les prémisses de la séparation nécessaire pour explorer le monde environnant sur base d’un attachement sécurisant.  

Dans un contexte de sécurité relationnelle en cours d’acquisition, le jeune enfant peut alors apprendre, petit à petit, à se séparer de l’adulte, grâce au fait qu’il puisse se reposer sur les réponses adaptées de l’adulte à ses besoins mais également grâce à des préconceptions qu’il aura intériorisées. Commence alors le travail d’ébauche de ce moi subjectif, c’est-à-dire de cette existence propre, différente de celle de son parent au sens d’un « j’existe moi-même et je veux ». 

C’est à la fin de cette période que l’enfant peut commencer à exprimer son désir propre et donc également son refus, repousser une main qui veut le caresser ou la cuillère pleine de nourriture. Il entamera la phase de découverte du monde environnant par la marche à quatre pattes, la station debout et également la marche. Il observera de plus en plus ce qui se passe autour de lui et affinera son anticipation face aux réponses de l’environnement. 

Seconde étape durant la première enfance – La confirmation de soi

Selon l’Ecuyer, c’est entre 2 et 5 ans que l’enfant passe par une phase de renforcement du concept de soi. Cette étape de confirmation de soi s’opère via différents processus : le langage, les comportements ainsi que les activités identificatoires. 

Au niveau langagier, l’enfant complexifiera son rapport à l’autre en signant ce qui lui appartient. Des utilisations langagières émergent de plus en plus souvent telles que les pronoms personnels et possessifs « je », « c’est mon mien », « à moi ». Ce passage par cette période spécifique plus autocentré est nécessaire afin de pouvoir présenter une position différenciée de l’autre, et donc, plus individuelle.

Au niveau comportemental, l’enfant peut chercher le contact à l’autre afin d’apprendre à définir ce qu’il veut ou non. C’est durant cette période que l’émergence de la phase d’opposition ou d’affirmation de soi sera la plus importante. 

Au niveau des jeux ou des identifications, il tentera de s’identifier à un autre que lui afin de s’affiner différentes parts de son identité. (jouer à papa et maman, jeu du « faire comme l’autre », jeu du docteur…).

Tous ces processus lui permettent d’entrer dans différentes subtilités signant alors son affirmation de lui, son moi objectif, afin d’apprendre à faire cohabiter son existence propre face au monde qui l’entoure. Il est alors parfois difficile pour lui de se mettre à la place de l’autre (un parent, un autre enfant) tant son énergie psychique se situe dans une confirmation de lui-même. 

Troisième étape durant l’enfance – L’expansion de soi

Entre 5 ans et 12 ans, l’enfant développe sa propension à s’investir, petit à petit, en dehors de la sphère familiale où il va apprendre à se définir au travers d’autres systèmes d’appartenance (l’école, les mouvements de jeunesses, les activités péri-scolaires ou extra-scolaires…)

C’est à cet âge-là que certains enfants demandent à avoir plus de contacts avec des amis. L’école, les loisirs, les groupes d’activités sont autant de lieu qui favorisent l’émergence du processus d’expansion de soi. L’enfant va acquérir des capacités et compétences, apprendra de ses difficultés, développera ses intérêts, connaitra de mieux en mieux ses limites. 

Toutes ces expériences lui permettront de développer son moi psychologique, c’est-à-dire, ses spécificités individuelles et propres, ses modes de fonctionnements et ses traits de personnalité. Ce nouvel accès à ce moi psychologique nécessite également une réorganisation de sa représentation idéalisée de lui-même (« je sais que je ne sais pas tout faire, tout avoir, tout vouloir »). 

Parfois, l’émergence de cette expansion de soi, si elle n’est pas en accord avec la représentation idéale que l’enfant a de lui-même peut entrainer des signes d’anxiété, de souffrance voire de tristesse. Parfois aussi, l’expansion de soi de l’enfant tel qu’il est peut venir perturber la représentation idéale d’un parent qui ne pensait pas que son enfant allait avoir certains traits typiques de sa propre personnalité. L’accordage alors entre représentation idéale et représentation réelle s’entrechoquent ce qui peut créer des désaccords ou de la souffrance.

En conclusion

Nous sommes persuadés que partager le point de vue de l’enfant au niveau développemental, permet aux adultes qui l’entourent de modérer leurs attentes, de comprendre ce qui traverse l’enfant et d’offrir alors un ajustement dans la relation.  

Il est évident que tous les processus précédemment expliqués sont dépendant de valences individuelles mais également relationnelles. De plus, ces processus de maturation de la représentation de soi dépendent également du développement mental avec la maturation du système nerveux, de l’exercice et de l’expérience acquise par l’action et le corps, des bains d’interactions sociales. 

Il s’agit donc d’une notion globale et complexe. Et certains enfants peuvent avoir besoin de l’aide de professionnels afin de mettre en lumière à la fois les processus émotionnels/identitaires/relationnels d’une part mais également les processus cognitifs et maturationnels d’autre part pour les aider dans l’émergence ou l’affinement de leur représentation d’eux-même. 


Nastassia Novis
Nastassia Novis

Psychologue clinicienne & Thérapeute du développement

Et si nous ajoutions l’ennui dans les valises des vacances ?

girl holding bucket on seashore

Notre société valorise une utilisation efficace du temps et condamne l’ennui. Nous le pourchassons, essayant sans cesse de nous occuper pour ne pas sombrer dans cet état fantomatique. Sophie Marinopoulos (psychanalyste) dit d’ailleurs à ce sujet que « l’ennui est devenu un symptôme qui transforme l’homme en l’ombre de lui-même, en un être inhabité ». Dans nos représentations, l’ennui est vu comme le vide, le rien, caractéristique de l’enfant râleur ou de l’adulte fardeau qui ne veut rien faire de sa vie.

Ceci est peut-être d’autant plus vrai après cette année de confinement où beaucoup de parents tentent d’occuper les enfants durant les vacances pour les sortir de l’ennui. Entre les stages, les activités, les cours, etc. certains enfants ont un agenda bien rempli sans beaucoup de temps libre. Et si le temps libre et ne « rien faire » durant les vacances pouvait, mine de rien, être bénéfique à l’enfant ?


L’ennui favorise la créativité de l’enfant

C’est même prouvé scientifiquement. Lorsque des scientifiques ont proposé à des enfants d’effectuer d’abord une activité pénible (recopier à la main une longue liste de numéros de téléphone), avant de leur demander de lister tout ce qu’il était possible de faire avec deux gobelets. Les enfants qui avaient recopié tous les numéros de téléphone trouvaient bien plus d’idées que ceux qui n’avaient pas eu à se soumettre à cette première étape ennuyante. S’ennuyer aide ainsi l’enfant à stimuler sa créativité. Quand un enfant est seul et qu’il s’ennuie, c’est l’occasion pour lui d’être à l’écoute de son monde intérieur, de ses envies et de ses goûts. C’est lorsqu’il n’a rien a faire qu’un enfant va stimuler sa créativité pour créer, trouver un jeu, inventer des histoires. Le rêve et la créativité offrent ainsi à l’enfant une libération du quotidien.

L’ennui développe l’imaginaire de l’enfant

L’ennui permet à l’enfant de voir la réalité différemment. Un enfant qui s’ennuie remarque des détails qui lui échapperaient s’il était occupé. Dans la campagne publicitaire « laissons une petite place à l’ennui » lancée par Yapaka en 2018, on peut voir un enfant assis qui s’ennuie devant le spectacle de la pluie qui s’écoule sur la vitre du jardin. Et c’est justement parce que cet enfant s’ennuie, qu’il observe le trajet de la goutte d’eau qui descend le long du carreau de la fenêtre. Il pourra alors inventer toute une histoire de cette goute d’eau s’il a l’occasion de vivre ces moments seul.

L’ennui permet à l’enfant d’apprendre à s’aimer

Lorsqu’il s’ennuie, un enfant s’habitue aussi à jouer seul. Il apprend ainsi à décider par lui-même. Cela lui permet de se sentir plus en contrôle de son environnement et de développer sa confiance en soi. Apprendre à être bien avec soi-même est un art qui se perd dans un monde où tout le monde est constamment en contact avec les autres notamment grâce aux nouvelles technologies. Il est important que l’enfant apprenne à jouer seul sans se sentir délaissé. Au lieu de voir le « vide » comme un ennemi à combattre, apprenons à nos enfants à cultiver le bonheur dans ces moments où il se retrouve seul. La difficulté à jouer, rêver, créer (Winnicott) peut être liée à une incapacité à être seul, et refléter une difficulté de séparation; jouer seul suppose en effet de pouvoir se séparer de l’adulte.

L’ennui participe au développement de l’autonomie

L’ennui démontre que l’enfant éprouve le besoin vital d’être accompagné, animé, stimulé dans sa curiosité, dans son élan de vie. Il veut échapper à tout prix au vide de l’absence. Le parent le rejoint dans cette quête en lui accordant en retour un « tout-amour », une présence entière, légitime. Structurellement, l’enfant refuse d’être seul, tout comme il refuse, en grandissant, qu’on ne l’occupe pas. Il est néanmoins important que l’enfant développe la « capacité à être seul ». S’arrêter à la plainte de l’enfant quand il s’ennuie revient à le priver de la possibilité d’en faire quelque chose. Lui proposer une activité quand il s’ennuie c’est ne pas croire en sa capacité à dépasser son sentiment de solitude. C’est mettre du « plein » à sa place, en accentuant sa dépendance future.

En effet, quand un enfant arrive à jouer seul dans ses moments d’ennui, il développe également son autonomie. Une qualité qui va l’aider toute sa vie à bien fonctionner. Un enfant capable de faire des choix et de se débrouiller par lui-même prend confiance en lui. Il est mieux outillé pour prendre des décisions et sent aussi que ses parents ont confiance en lui. Le simple fait d’être capable de trouver une activité à faire lui fait prendre conscience qu’il est apte à prendre des initiatives. Et cette forme d’indépendance est valorisante pour lui.

L’ennui développe la résolution de problèmes

Le temps passé à s’ennuyer améliore la faculté de décision des enfants qui se mettent à considérer l’ennui comme un problème auquel il faut trouver une solution. On peut ajouter que c’est généralement en s’ennuyant dans leur baignoire ou devant une feuille blanche que beaucoup de grands mathématiciens sont parvenus à trouver la clé des problèmes..

L’ennui participe à développer la sociabilité

Des psychologues de l’Université du Texas ont en effet, découvert un rôle social à l’ennui. S’ennuyer, c’est envoyer aux autres des signaux indiquant que vous recherchez du changement et de la stimulation, et leur indiquer plus ou moins consciemment que vous compter sur leur appui pour sortir de votre état. L’ennui permettrait ainsi de tisser du lien social.

Terreau essentiel au développement psychique

Vous l’aurez compris, en grandissant, l’enfant apprend à apprivoiser ces moments de « rien » : d’abord désœuvré, son esprit vagabonde, il imagine un ailleurs, dessine un futur, rêve de folles aventures… et le voilà parti de rien, en pleine créativité. Il découvre le plaisir de faire germer quelque chose qui trouve sa source en lui. Et mis bout à bout, ces temps vont l’aider à se construire, à prendre conscience de lui-même, lui permettre de faire connaissance avec son environnement, de découvrir qui il est, ce qu’il aime, ses aspirations pour plus tard. Nombreux sont les adultes qui peuvent témoigner que ce sont des moments d’ennui qui leur ont d’ailleurs permis de se découvrir une passion (écrire, dessiner, lire, photographier, etc.).

Pour conclure

  • L’ennui appartient à un rythme relationnel qui structure la psyché de l’enfant.
  • L’ennui offre à l’enfant un espace-temps qui lui permet d’expérimenter son environnement et les objets qui le composent.
  • Créer du temps pour l’ennui, c’est offrir des temps de pensée à l’enfant.
  • Accepter l’ennui, c’est reconnaître à l’enfant à l’adolescent des aptitudes créatives.
  • L’ennui est la rencontre avec soi-même, ses ressources et ses limites.
  • L’ennui délimite et construit.
  • L’ennui conduit à une sécurité intérieure à l’origine de l’autonomie psychique, à la liberté d’être soi, au bonheur.

Sophie Marinopoulos (psychanalyste)

L’ennui n’est pas une perte de temps mais bel et bien une activité créative. Lorsque l’enfant se confronte à l’ennui, il développe son imagination et sa créativité en faisant appel à ses propres ressources. C’est également un moment au travers duquel il peut développer des capacités d’observation qui sont un moyen de découvrir, d’apprendre et de comprendre le monde qui l’entoure tout en se connectant à ses émotions. S’ennuyer permet ainsi d’apprendre, de découvrir, de jouer et de rêver, activités essentielles au développement de l’enfant .


Zoé Campus
Zoé Campus

Psychologue clinicienne et Thérapeute du développement

Les troubles alimentaires de l’enfant

composition of spoonfuls with various spices for healthy food preparing

Le comportement alimentaire est très complexe et se développe déjà in utéro, via l’ingestion de liquide amniotique dont le goût varie selon l’alimentation maternelle.

Les troubles alimentaires peuvent se présenter à tout âge, dès les premiers jours de vie jusqu’à l’adolescence. Dans cet article nous ne parlerons pas de ceux de l’adolescent tels que l’anorexie mentale et la boulimie. Nous nous focaliserons sur ceux qui touchent les plus jeunes, le plus souvent avant 6 ans, dont on parle beaucoup moins dans les media, et qui pourtant sont beaucoup plus fréquents qu’on ne le pense.

L’origine des troubles alimentaires

« Mon enfant ne mange rien », « il ne mange que des pâtes et du pain », « il n’a jamais faim », « il est tellement dégoûté par la nourriture qu’il peut avoir la nausée rien qu’à l’odeur ou la vue du repas », … Tant de plaintes que l’on entend de la bouche des parents lors de consultations centrées sur l’alimentation des enfants.

L’alimentation semble être un comportement inné. Pourtant il est l’un des plus sensibles à l’environnement : le lieu et les circonstances du repas, la relation existant entre la personne qui nourrit ou assiste au repas et l’enfant, les personnes qui mangent avec l’enfant, le moment du repas, ou encore tout simplement ce qui est présenté à l’enfant comme aliments et comment. Tout cela influence la façon dont l’enfant se nourrit et dont il perçoit le moment du repas. De plus, se nourrir nécessite plusieurs compétences spécifiques comme la coordination succion-déglutition-respiration, des aptitudes sensorielles, et un développement psychomoteur adéquat. 

Les troubles alimentaires peuvent donc être causés par la déficience de l’une de ces compétences (on parle parfois d’une origine « organique » ). Mais ils peuvent aussi survenir chez des enfants qui n’ont aucun problème de santé, qui sont a priori tout à fait capables de manger, mais qui présentent malgré tout des difficultés à se nourrir (qu’on qualifie parfois d’origine « comportementale »). Il est important de préciser que ce n’est pas forcément soit organique, soit comportemental. Dans certains situations les troubles sont d’origine multifactorielle. 

Prenons par exemple le cas des bébés prématurés : ils n’ont par définition pas encore acquis toutes les compétences organiques nécessaire pour s’alimenter de manière autonome à la naissance. Ils sont très souvent alimentés de manière artificielle au moins en partie. De plus, ils peuvent présenter des complications médicales sévères (respiratoires, digestives, …) pouvant aggraver leurs difficultés alimentaires. Le parcours néonatal peut être long et difficile, également au niveau psychologique et relationnel tant pour le bébé que pour ses parents. A plus long terme, il a été reconnu qu’ils étaient plus à risque de développer des troubles du comportement alimentaire, même une fois que les problèmes « physiques » sont résolus. Ces situations illustrent bien la complexité de la problématique et la nécessité de retracer l’histoire de ces enfants en détails.

Classification

La classification des troubles du comportement alimentaire (TCA) chez l’enfant est encore vague. Il n’est d’ailleurs pas toujours nécessaire de mettre une étiquette précise sur chaque enfant. Mais il est intéressant de voir que la connaissance scientifique au sujet de ces troubles grandit, et qu’il est apparu une nouvelle catégorie diagnostique dans la dernière version (2013) du livre de référence des maladies mentales (appelée DSM-5) : les troubles évitants ou restrictifs de l’alimentation (plus connu sous son acronyme anglais ARFID pour Avoidant and Restrictive Food Intake Disorder). Il est défini comme un trouble de l’alimentation ou de l’ingestion d’aliments qui se manifeste par une incapacité persistante à atteindre les besoins nutritionnels et/ou énergétiques appropriés, et qui n’est pas du à une pathologie organique concomitante.

Parallèlement à la classification du DSM-5, plusieurs auteurs se sont prêtés à l’exercice périlleux de décrire ces différents troubles alimentaires du jeune enfant. Les termes retrouvés varient donc selon les sources. De manière arbitraire et non exhaustive, inspirée notamment de la classification d’Irene Chatoor, voici quelques situations fréquemment rencontrés dans les consultations de nutrition pédiatrique :

  • L’anorexie du nourrisson : elle se manifeste entre 6 mois et 3 ans, avec un pic entre 9 et 18 mois. Ces bébés semblent ne jamais avoir faim, et ne mangent pas ou peu. Leur comportement alimentaire est très dépendant de l’environnement. Il y a généralement une origine psychologique et relationnelle à explorer. Les parents développent souvent de nombreuses stratégies pour faire manger l’enfant : diversion, distraction, forçage, négociation, chantage, punition…
  • L’aversion alimentaire : dans certains cas, les troubles alimentaires sont plutôt dépendant des aliments présentés. Il y a des aliments dits « copains » qui sont consommés sans difficultés, et tous les autres qui sont systématiquement rejetés. On peut observer des troubles sensoriels associés, comme refuser de toucher certaines textures, alimentaires ou non, avec les mains mais aussi avec les pieds (marcher dans le sable ou l’herbe par exemple).
  • L’enfant « petit mangeur » : certains enfants ne sont pas sélectifs. Ils mangent de tout, mais les quantités consommées sont particulièrement restreintes. Dans la majorité des cas, leur croissance n’est néanmoins pas impactée : ils grossissent et grandissent normalement, bien qu’ils soient en général plus minces que les enfants du même âge.
  • Les troubles alimentaires post-traumatiques : contrairement aux autres TCA, l’apparition est très brutale. Les parents décrivent que c’est arrivé « du jour au lendemain ». Cela survient après un événement traumatisant pour la sphère ORL ou le tractus digestif comme un épisode de « fausse-route » (l’enfant avale de travers et suffoque), ou un simple vomissement, mais aussi après certains actes médicaux comme la pose d’une sonde nasogastrique ou une intubation.

Il est important de noter que certains comportements alimentaires sont normaux dans les stades du développement de l’enfant et ne sont pas pathologiques à moins qu’ils ne s’inscrivent dans la durée. Par exemple, aux alentours de l’âge de 2 ans, on parle de « néophobies alimentaires ». L’enfant rechigne à goûter de nouveaux aliments. Il préfère ne manger que ce qu’il connaît. 

Par ailleurs, les enfants en âge scolaire n’ont souvent pas d’attirance pour les légumes, encore moins s’ils sont verts. Ils trient leur assiette. Ils ne sont pas pour autant considérés comme des enfants présentant des TCA.

Prise en charge

Dans tous les cas, la première question à évaluer par le médecin est « la croissance est-elle impactée ? ». Si oui, il y a une relative urgence à remédier au problème. Dans certains cas, de bons conseils diététiques permettent de rétablir une prise de poids correcte. Dans d’autres, une nutrition « artificielle » (par sonde nasogastrique le plus souvent), sera mise en place pour combler le déficit des apports ingérés par la bouche.

Si les courbes de croissance sont régulières et rassurantes, il faudra s’assurer qu’en termes qualitatifs l’alimentation orale est correcte et qu’il n’y a aucune carence (en fer ou en vitamines par exemple). C’est souvent le cas des alimentations sélectives : la quantité totale de calories est en général suffisante, mais les besoins spécifiques en micronutriments ne sont pas couverts.

S’il y a des troubles sensoriels associés, il est intéressant d’impliquer un.e logopède, kinésithérapeute, ou ergothérapeute, pour aider à désensibiliser la sphère orale. Dans les cas sévères, on passe d’abord par une ré-éducation sensorielle non alimentaire (tactile ou motrice).

Enfin, dans tous les cas, il faudra également explorer l’origine des troubles comportementaux et relationnels. L’aide d’un.e psychologue est souvent précieuse pour comprendre ce qui se joue durant les repas entre l’enfant et ses parents.

Conclusion

En guise de conclusion, nous voyons que les troubles du comportement alimentaire sont différents pour chaque enfant, d’origines multifactorielles et complexes . Ils nécessitent une évaluation complète, un suivi attentif et régulier, et une prise en charge multidisciplinaire.

Si vous avez des inquiétudes ou des questionnements concernant l’alimentation de votre enfant, n’hésitez à contacter la pédiatre-nutritionniste de notre centre, le Dr Zoé Ouchinsky.


Dr Zoé Ouchinsky
Dr Zoé Ouchinsky

Pédiatre spécialisée en nutrition

Enfance et toucher, quand le corps est oublié

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En cette période de crise sanitaire liée au COVID 19, notre quotidien est aujourd’hui régit par des règles spécifiques. Distanciation, masques, bulles sociales, évitement de contacts, sont autant de notions s’inscrivant désormais dans nos rapports aux autres. 

Nos gestes se voient ainsi modifiés. Le toucher se fait distant, hésitant, évitant et parfois inexistant.

Bien qu’il soit important de transformer et d’adapter nos habitudes à la réalité sanitaire, il nous tient à cœur au sein du 213 de questionner la place laissée à l’exploration par le sens du toucher auprès des enfants. Dans une époque marquée par la crainte de la contamination, comment pouvons-nous continuer à penser la question du toucher comme besoin fondamental pour l’Enfant ? 


Premier temps, petite enfance et enfance

Le toucher faisant partie des cinq sens est vital et primordial pour l’être humain. Contrairement aux autres sens, le toucher est le témoin permanent de la présence de l’autre. La relation interactive est à la base de la sensation particulière du toucher. Dès la vie in-utéro, le toucher s’éveille et le fœtus perçoit des sensations. Plus tard, le nourrisson explorera le monde par le toucher. Au début de la vie, la peau du bébé et tous ses capteurs sensoriels priment face à l’ouïe et la vision. La peau constitue en effet plus de 20% du poids total du bébé (contre 18% chez l’adulte selon Montagu, 2014). Le nourrisson bénéficiera par le toucher d’un portage (holding), d’un soin à son corps et à ses besoins (handeling), lui permettant de se créer petit à petit une représentation de lui et du lien à l’autre. C’est donc, entre autre, par ce premier langage corporel que l’enfant bercé, soutenu, entouré, dans un corps à corps, pourra établir petit à petit son sentiment d’existence. 

Plus le bébé et le jeune enfant auront la possibilité de développer leur sens du toucher, plus ils entreront en contact de façon riche avec le monde qui les entoure et apprendront à s’adapter à leur environnement. En lien à cette exploration, l’adaptation et la réponse de l’adulte en face de lui, permettra  également au jeune enfant de développer ses compétences tant au niveau émotionnel, social que cognitif. 

L’enfant bénéficiant d’un contact de qualité au niveau corporel et par un toucher respectueux et ajusté des parents (ou des personnes prenant soin de lui), présentera d’ailleurs un développement neuronal riche durant ses six premiers mois de vie et bénéficiera de ces bienfaits jusqu’à ses 8 ans (Maria Montessori). Qui plus est, on considère l’enfant jusqu’à ses 12 ans comme un être kinesthésique (utilisation de son corps pour apprendre et se créer une représentation des choses).

Impact de la privation du toucher

Différentes études menées depuis les années soixante, dont celle de J. Bowlby dans sa théorie de l’attachement, indiquent que le toucher amène la sécurité affective, le sentiment de bien-être et d’existence nécessaire au bon développement des enfants. L’absence du toucher, à contrario, entraine une insécurité notable pour l’enfant. D’autres auteurs ensuite comme R. Spitz et E. Pikler ont approfondi ces questions d’attachement, d’accordage, du toucher et du langage tonico-émotionnel. L’histoire nous conte le triste sort des enfants placés en orphelinats, livrés à eux-mêmes, privés de tout contact ou soin chaleureux et de qualité. Par manque de soin et de toucher contenant, ces enfants ont développé de graves troubles développementaux tant au niveau psychique que physique. En effet, l’absence de maternage dans le soin – c’est-à-dire l’absence de soin de qualité dans une attention spécifique, dans un portage, dans un soin au corps – a engendré une forme grave de dépression chez ces jeunes enfants menant à des perturbations  développementales profondes et irréversibles (« hospitalisme » – R. Spitz).

Sans nécessairement se rapprocher de cette réalité catastrophique observée dans ces orphelinats, certains chercheurs s’entendent à dire que l’absence (ou la mauvaise qualité) du toucher physique peut être à l’origine d’un niveau plus élevé d’anxiété. De plus, l’absence d’un toucher de qualité, peut être une source de troubles ou de difficultés dans les apprentissages. En effet, selon Ajuraguerra et Saint-Cast (2005), avant de pouvoir rentrer dans des apprentissages plus complexes et parfois aussi plus symboliques ou abstraits, la première perception d’un espace doit se trouver dans l’assurance des échanges tonico-émotionnels et dans l’exploration psycho-motrice. En d’autres termes, les stimulations adaptées de l’environnement sont censées faire émerger une maturation neuromotrice, psychomotrice et affective, permettant alors de développer une pensée petit à petit plus complexe, une pensée plus abstraite (J-F. Dortier, 2019).

L’avenir du toucher dans le contexte de crise sanitaire

Nos contacts et nos relations aux autres sont plongés depuis maintenant un an dans un perpétuel ajustement face à la crainte d’être et/ou de contaminer l’autre. Nos gestes sont colorés d’une certaine retenue dans nos interactions. Cette crise sanitaire interroge ainsi notre rapport au toucher. Ce toucher n’est plus uniquement soutenant, présent, contenant, rassurant, cadrant, il est également devenu craintif, inhabituel, évitant, pauvre voire inexistant et interdit dans certain contexte. Par crainte de mal faire, certains n’osent plus se toucher. D’autres encore préfèrent prévenir et prémunir de tout risque potentiel de contaminer un autre ou d’être contaminé. B. Andrieu (2020) parle d’une mise en place d’un nouveau type de retenue, l’inhibition tactile, liée à une appréhension du lien à l’autre et de la contamination. 

Actuellement, les recherches en sciences humaines n’ont pas encore suffisamment de recul pour répondre aux éventuelles conséquences du développement de cette inhibition du lien, de cette appréhension tactile sur nos rapports sociaux mais également sur le développement des enfants. Il semblerait néanmoins selon différents anthropologues et sociologues que l’espace public soit plus impacté par ce nouveau sens du toucher que les espaces plus clos et privés des familles. Cette réalité préservée du toucher au sein des familles laisse supposer que les enfants peuvent continuer leurs explorations du monde, par le corporel et le lien à l’autre, nécessaires et vitales à leur bon développement.

Rester créatif et continuer à solliciter le toucher

Loin de nous l’envie d’imposer une bonne manière de faire, d’agir ou d’être. Chaque expérience vécue et partagée avec un enfant doit avant tout se vouloir ajustée vis-à-vis de soi, de l’enfant et du monde environnant. Dans la nécessité de maintenir une certaine créativité face aux changements imposés par la situation du COVID 19, nous avions à cœur de rédiger cet article comme un cri d’alarme, un rappel, un écho aux besoins des enfants (mais également des adultes), dans un souci de continuer à prendre soin de tout un chacun.

Pour continuer à favoriser l’exploration de ce sens malgré nos nouvelles réalités, vous trouverez ci-dessous différentes expressions du toucher à proposer aux enfants :

Lorsque les mesures sanitaires doivent être respectées :

  • Profiter des moments de lavage des mains avec les enfants pour les inviter à prendre conscience de leurs mains, de leurs sensations, pour les inviter à jouer avec du savon,…
  • Proposer aux enfants des bacs sensoriels et de jeux dans une eau savonneuse,…
  • Proposer un autre type de toucher (par la parole, par l’échange, avec des signes de salutations différents,…).

A la maison :

  • Réaliser avec les enfants des sacs sensoriels (petits pochons contenant du riz/des graines/ des marrons…).
  • Réaliser avec les enfants un sac de textures (regroupant du : doux, râpeux, mou, froid, collant…)
  • Proposer des activités sensorielles créatives (peinture aux doigts, terre glaise, plasticine, sable magique…)
  • Proposer des activités sensorielles globales (une marche en pleine conscience pieds nus, marcher sur différents supports, toucher différents supports, se coucher sur différents supports…) 
  • Maintenir ou favoriser des réels temps d’échange, en famille, avec des touchers ajustés/respectueux/chaleureux, par rapport aux besoins de chaque.

Ces propositions ne sont bien entendu pas exhaustives et ne peuvent s’appliquer à tout un chacun. En effet, l’être humain (petit ou grand) étant un être relationnel bénéficiera de manière singulière des bienfaits du toucher, sens essentiel dans le développement de la sécurité affective d’un individu tout au long de sa vie.


Nastassia Novis
Nastassia Novis

Psychologue clinicienne et Thérapeute du développement

Suspicion de haut potentiel intellectuel – Illustration de la pluridisciplinarité au 213 (Episode 1)

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« Mon enfant s’ennuie en classe, il est agressif avec les autres enfants »

« Notre fils est hypersensible et se pose des questions existentielles »

« Elle est en échec scolaire mais a une pensée en arborescence »

« Ma fille est en décalage avec les autres enfants, elle a toujours été différente ». 

« Il remet tout en question, a besoin de tout comprendre et met notre parole en doute ». 


Il n’est pas simple en tant que parents de s’y retrouver dans une société où certains diagnostics sont parfois victimes d’effet de mode. Au sein du 213, nous avons à coeur d’entreprendre avec l’enfant et sa famille une démarche claire et précise afin d’approcher au plus juste le développement singulier de l’enfant et de l’adolescent. Lorsqu’une suspicion de haute potentialité est évoquée dans la demande des parents qui consultent au sein du 213, nous préconisons quasi systématiquement de réaliser un bilan pluridisciplinaire en présence d’une psychologue et d’une neuropsychologue de l’équipe. Parfois, le regard d’autres professionnels de l’équipe peut également s’avérer judicieux. 

Au 213, nous partons du postulat qu’il existe autant de « profils HP » qu’il existe d’enfants. Nous ne préconisons pas la pose d’un diagnostic sur base de caractéristiques généralement associées à la douance. Il est en effet classique de lire ou d’entendre que les enfants présentant un profil cognitif de haute potentialité ont généralement une pensée en arborescence, qu’ils sont en avance sur les autres enfants de leur classe, qu’ils ont du mal à gérer leurs émotions, qu’ils ont des difficultés avec leurs pairs, qu’ils présentent une hypersensibilité et une hyperactivité. Ce n’est pourtant pas si simple et cette question de suspicion du haut potentiel mérite d’être réfléchie, accueillie, entendue et accompagnée avec l’enfant, l’adolescent et sa famille.

La mesure du Quotient intellectuel (QI) réalisée au 213 par la neuropsychologue (ou la psychologue) se veut également précise, complète et mise en lien avec le contexte de vie du patient. Le QI dans l’absolu est variable et dépendant de l’environnement dans lequel évolue l’individu mais aussi fonction de son état émotionnel. 

Que mesure exactement le QI ? 

Le Quotient Intellectuel (QI) a été mis au point à la fin du 19e siècle par Alfred Binet. Il s’agit d’une méthode basée sur une batterie de tests conçus pour évaluer les capacités d’un individu à traiter certains problèmes, tels que raisonner, planifier, penser, déduire, comprendre des idées complexes, etc. De quoi agréger un ensemble d’aptitudes principales cognitives. Les scores obtenus aux tests, analysés par un spécialiste, permettent d’établir le QI de la personne. Son score permet de le situer par rapport à la moyenne des gens de son âge. Le QI n’a d’ailleurs de sens qu’au sein d’une culture et d’une population donnée, il n’est pas absolu. En pratique, le QI moyen est arbitrairement fixé à 100 et l’écart type (la moyenne des écarts à la moyenne) se situe à 15. En d’autres termes, les valeurs « normales » de QI se situent entre 80 et 120. 

L’intelligence est mesurée à l’aide d’un test psychométrique qui fournit une indication quantitative standardisée. Le résultat de ce test correspond au Quotient Intellectuel (QI). Les résultats obtenus au test d’intelligence sont étalonnés sur une distribution normale (courbe de Gauss). 

Que savons-nous aujourd’hui du « haut potentiel » ? 

C’est Terman en 1926 qui est le premier à s’être intéressé aux enfants se situant à l’extrémité supérieure de la distribution des QI. Il qualifiait les enfants dont le QI était égal ou supérieur à 140 de « surdoués » (« gifted »). Aujourd’hui, ce terme tend à être remplacé par celui de « haut potentiel » qui met l’accent sur le caractère développemental du phénomène. Dans cette perspective, les compétences intellectuelles exceptionnelles ne sont pas considérées comme données d’emblée, mais comme s’actualisant progressivement durant l’enfance et l’adolescence en fonction de conditions environnementales favorables.

D’ailleurs, souvent, le haut potentiel ne se manifeste que dans certains domaines de l’intelligence et l’hétérogénéité des performances aux épreuves des tests est généralement la règle (Grégoire, 2009).

A la suite de Terman, de nombreux auteurs ont décrit les caractéristiques psychologiques de ces jeunes. Terrassier (2004) a souligné le décalage vécu par les enfants à haut potentiel entre leur développement cognitif et celui d’autres facettes comme l’affectivité et la motricité. Il parle à ce propos de dyssynchronie. Les difficultés psychologiques et relationnelles associées à cette dyssynchronie restent une question débattue. De nombreux auteurs ont affirmé que le haut potentiel prédisposait à des troubles psychologiques plus ou moins graves. Il est vraisemblable que cette représentation de l’enfant à haut potentiel découle d’un biais de recrutement. En effet, la grande majorité des psychologues ayant étudié des jeunes à haut potentiel se sont uniquement basés sur leur expérience des enfants vus en consultation clinique et n’ont pas eu l’occasion de rencontrer des jeunes à haut potentiel non-consultants. Les études longitudinales d’enfants tout-venants (Gottfried et al., 1994) ont montré que les jeunes à haut potentiel identifiés au sein de grandes cohortes ne présentaient pas plus de problèmes psychologiques que les autres enfants. De toute évidence, des recherches sur ces questions restent aujourd’hui nécessaires. 

Actuellement, aucune donnée scientifique ne permettent de mettre en évidence un profil affectif unique caractéristique de l’ensemble des jeunes à hauts potentiels. De même, la présence importante et systématique de difficultés relationnelles ou affectives chez ces jeunes, pourtant bien présente dans les représentations collectives, est de plus en plus contestée (Kostogianni, 2006 ; Evrard et Grégoire, 2008). Tant pour les troubles du comportement adaptatif qu’au niveau des compétences relationnelles, les auteurs obtiennent des résultats similaires à ceux d’une population tout venant.

Quel est le travail du neuropsychologue au sein du 213 ? 

La neuropsychologue au sein du 213 proposera l’évaluation du quotient intellectuel au travers d’épreuves standardisées psychométriques adaptées à l’âge du patient. Plus l’enfant est jeune, plus le testing se voudra ludique et attrayant. L’évaluation cognitive et intellectuelle permet d’avoir un regard à la fois quantitatif et qualitatif sur les aptitudes verbales, de connaissances générales, les aptitudes visuo-spatiales et visuo-constructives, les aptitudes de raisonnement et de logique, la vitesse de traitement et la mémoire de travail. Bien que les épreuves soient normées, celles-ci s’inscrivent dans une rencontre clinique, avec un professionnel chevronné et qualifié. 

En fonction du profil de l’enfant et des éventuelles difficultés énoncées, une évaluation attentionnelle ou des fonctions exécutives et mnésiques peut également être proposée. Une compréhension globale du fonctionnement cognitif, praxique et intellectuel de l’enfant ou de l’adolescent est ainsi envisagée et ce, en accord avec les besoins du patient. 

Les scores obtenus aux épreuves et les observations cliniques sont systématiquement mis en lien avec le contexte de vie de l’enfant ou de l’adolescent. Des questionnaires ou un échange avec l’enseignant (avec accord des parents et dans le respect du secret professionnel) peuvent parfois être proposés et s’avérer utiles. Une réflexion autour d’aménagements scolaires est également systématiquement envisagé avec l’enfant, l’adolescent et sa famille. 

Quel est le travail du psychologue au sein du 213 ? 

La psychologue du 213 va proposer, au travers de rencontres individuelles avec l’enfant ou l’adolescent, un bilan psychoaffectif. En fonction de l’âge du patient, la psychologue aura recours au jeu libre, à l’observation clinique, au dessin, aux méthodes projectives (CAT, TAT, Rorschach), à l’entretien clinique, à l’utilisation de questionnaires normés et validés scientifiquement. 

Les psychologues au sein du 213 sont formés et spécialisés dans l’accompagnement clinique de l’enfant et de l’adolescent et s’appuient dès lors, sur des travaux scientifiques récents, des outils thérapeutiques reconnus et validés scientifiquement ainsi que sur leur expérience clinique. Au terme des rencontres avec le patient, la psychologue clinicienne aura dressé une évaluation précise du développement psychoaffectif de l’enfant ou de l’adolescent mettant en avant son rapport à lui-même, aux autres et au monde (angoisses, mécanismes de défense, estime de lui-même, affects, rapport aux imagos parentaux, qualité d’attachement, angoisses de séparation, adaptation sociale, etc.).

Être psychologue d’enfant et d’adolescent est un métier et cela ne peut aucunement se résumer à de vagues connaissances psychologiques répandues dans les représentations collectives ou encore à se fier uniquement à ses pressentiments. La psychologue au 213 pose un diagnostic clinique en co-réflexion avec la neuropsychologue (et le cas échéant, avec le reste de l’équipe) en s’appuyant sur des données cliniques objectives.

Quelle co-intervention au sein du 213 ? 

Un premier entretien d’anamnèse et d’analyse de la demande sera proposé à l’enfant/l’adolescent et sa famille en présence des deux thérapeutes. Cette première rencontre est l’occasion de comprendre le développement du patient et les éventuels symptômes ou difficultés actuelles. Une analyse précise, à la fois cognitive et psychoaffective sera proposée dans le cadre d’un échange avec le patient et ses parents. 

Une fois les bilans respectifs réalisés, la psychologue et la neuropsychologue se réunissent pour rassembler les données collectées et les observations cliniques. A l’issue des échanges cliniques, un diagnostic est envisagé ainsi que des pistes d’aides thérapeutiques (si nécessaire). Nous ne posons jamais de diagnostic de haute potentialité intellectuelle avant 6-7 ans ou du moins, proposons de refaire le point à partir de l’entrée en primaire. Avant cet âge, une grande variabilité cognitive et intellectuelle est possible. 

Un entretien de remise de conclusions est alors proposé en présence du patient, de sa famille et des deux professionnels. Ce moment est ainsi l’occasion de faire le lien entre la demande initiale, les éventuelles difficultés ou symptômes énoncés et les observations cliniques repérées durant les rencontres individuelles.

Aucun bilan pluridisciplinaire pour suspicion de haut potentiel ne ressemble à un autre tant il s’agit à chaque fois, d’une rencontre éminemment singulière avec un enfant ou un adolescent et sa famille. Des réponses et observations cliniques ainsi qu’une réflexion clinique sont néanmoins toujours proposées à l’enfant et à ses parents. 

Pour conclure

A ce jour, les seules caractéristiques qui peuvent être mises en évidence de manière fiable découlent directement des hautes capacités intellectuelles, telles la rapidité d’apprentissage. Certaines spécificités se manifestent parce qu’elles sont influencées en partie par ces hautes capacités, mais, dans la plupart des cas, les caractéristiques individuelles souvent attribuées au haut potentiel ne devraient pas l’être. 

Le haut potentiel concerne environ 5% de la population générale. On trouve une grande variété de profils cognitifs. La combinaison de ceux-ci avec des traits affectifs, motivationnels et la personnalité rendront dès lors chaque personne unique. 

Le QI est une information clef indispensable pour pouvoir identifier le haut potentiel intellectuel. Cependant, à lui seul, il ne permet pas de répondre adéquatement aux besoins non rencontrés de la personne qui motivent généralement la démarche d’identification. Il nous semble donc nécessaire d’associer le QI à d’autres éléments d’évaluation pour comprendre le fonctionnement global de l’individu et les besoins qui en découlent. 

Plus que jamais au 213, autour de ces diagnostics « à la mode » déroutant parfois les parents eux-même en recherche de réponses, nous prenons le temps de réfléchir ensemble et d’accompagner le jeune et sa famille autour des ces vastes questions.


Mélodie Schreiber
Mélodie Schreiber

Neuropsychologue


Zoé Campus
Zoé Campus

Psychologue clinicienne et Thérapeute du développement

Le sommeil de l’enfant ou comment mettre sa conscience en veille ?

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Le sommeil fait partie intégrante de la vie de chaque être humain. Néanmoins, il est propre à chacun et parfois la cause de nombreuses demandes de consultations. Alors comment accompagner son enfant vers un sommeil doux et réparateur ? Petit tour d’horizon de ce besoin primordial.


Besoin physiologique

Le sommeil est une fonction centrale. Un sommeil de qualité aide au développement de l’enfant et favorise ses apprentissages. A l’inverse, ne pas dormir suffisamment ou d’un sommeil de mauvaise qualité peut avoir un impact sur la santé de l’enfant, ses capacités cognitives, son comportement, la gestion de ses émotions, etc.

Le sommeil s’inscrit dans un rythme circadien de 24 heures. Le rythme circadien de veille- sommeil est en quelque sorte l’horloge interne du corps qui contrôle le rythme de l’éveil et du sommeil sur une période de 24 heures. L’organisation circadienne ne serait pas stable avant deux ans.

Un nouveau-né dormirait environ 16 à 17 heures par jour par tranche de 3 ou 4 heures, entrecoupées d’éveils. A partir de trois mois, le bébé dort 15 heures par jour, avec de plus longues périodes de sommeil nocturne. Par la suite, la quantité totale de sommeil diminue très progressivement pour arriver, à l’adolescence, à 8 heures de sommeil quotidien. Néanmoins, le besoin et la quantité de sommeil présentent de grandes variations interindividuelles mais également des modifications au cours de la vie de chacun en fonction du caractère relationnel et affectif.

Les troubles du sommeil

Il est important de signaler qu’il existe un nombre important de troubles du sommeil, souvent banals et bénins. Le caractère bruyant ou extraordinaire des troubles ne témoignerait pas de leur gravité. C’est surtout leur intensité, leur fréquence et leur association à d’autres symptômes qui semblent inquiétantes. Ces perturbations du sommeil ne doivent pas être négligées car elles témoigneraient d’un malaise chez l’enfant, induisant un climat de tension familiale.

Soulignons trois grandes catégories de facteurs pouvant influencer l’endormissement et le sommeil :
Premièrement, les problèmes somatiques. Les troubles du sommeil seraient souvent secondaires à des affections organiques, à un trouble psychopathologique ou encore à la poussée dentaire. Il est donc nécessaire de les écarter avant de poser un diagnostic. Deuxièmement, le climat affectif présent entre l’enfant et ses parents et entourant la mise au lit ainsi que toutes les relations que l’enfant entretient avec son entourage.
Troisièmement, les conditions de vie et la culture. Au niveau des conditions de vie, il est terriblement important que l’enfant passe suffisamment de temps avec sa famille avant d’aller au lit. Par exemple, les séparations, les horaires, une vie trop ou peu mouvementée ont leur importance.

Pouvoir se détacher du monde éveillé

Le coucher, étape quotidienne de la vie d’un enfant, peut sembler banal. Et pourtant… Il apparaît être le moment de séparation par excellence autant pour l’enfant que pour ses parents.

Winnicott parle de “ l’expérience d’être seul, en tant que nourrisson et petit enfant, en présence de la mère.”. Il s’agit donc d’être seul avec quelqu’un. D’après cet auteur, la première expérience de solitude de l’enfant se ferait en compagnie de sa mère. La capacité à être seul apparait lorsque l’enfant a intériorisé l’image de l’objet absent. Cela se mettrait en place suite à des expériences de séparation et de retrouvailles. La séparation liée au coucher, ainsi que l’interruption de toutes les activités, contribuent à l’angoisse de l’enfant.

Afin de diminuer son angoisse, l’enfant doit être certain de retrouver son parent au réveil. Ainsi, il apprendrait doucement à le quitter et à s’abandonner au sommeil. L’enfant ne pourrait s’endormir que s’il se sent en sécurité. C’est le parent, en sentant ce dont son bébé a besoin, au bon moment, en l’apaisant, qui le permet. Petit à petit, le parent ne répond plus si vite aux demandes de l’enfant. Il expérimente alors le manque, et par cela, développe des objets psychiques pour y pallier. Il réussirait ainsi à s’apaiser seul et à se passer de son parent. Le rôle parental est majeur dans la gestion de l’angoisse liée au sommeil, permettant de mettre en place des capacités auto- apaisantes. Celles-ci sont définies comme la capacité de l’enfant à trouver la tranquillité nécessaire à son endormissement mais aussi la capacité à se rendormir seul lors de réveilsnocturnes. Dormir seul est un apprentissage pour l’enfant, dès son plus jeune âge.

Notons que l’endormissement et la séparation qui y est associée peuvent être un moment redouté par l’enfant mais aussi par les parents. Les difficultés de séparation pourraient également être présentes du côté des parents.

Les rituels d’endormissement

Pour aider l’enfant vers la transition veille/ sommeil, les routines et les rituels sont des temps de rapprochement émotionnel et d’affection qui aident les enfants dans la transition vers le sommeil et qui structurent la soirée. La famille adapte ses routines en fonction des enfants car tous les enfants n’ont pas besoin de la même routine. Les rituels de sommeil varient au sein de chaque famille. Un rituel fonctionne lorsque l’enfant et les parents en sont enchantés, que la quantité de sommeil est suffisante et que le comportement diurne est idéal.

L’apparition des rituels d’endormissement coïncident avec le moment où le sommeil, devenant synonyme de rupture et de séparation avec les parents, mais aussi avec les activités diurnes, serait habité par des images angoissantes. L’enfant a alors besoin de désinvestir le monde extérieur, les relations avec autrui, et se rassurer au sujet de la permanence de son environnement. Grâce aux rituels, il peut croire en sa capacité de contrôler et mieux accepter la régression imposée par lesommeil. La répétition présente dans ces rituels permettrait l’anticipation. Ainsi, l’enfant peut se rassurer en pensant que la nuit se passera aussi bien que la précédente.

Il semble important de ne pas ignorer les besoins et demandes de réassurance de l’enfant. Cependant, afin d’éviter les tensions, les parents devraient établir des limites douces mais fermes aux rituels. Il est important que le sommeil ne soit pas associé à une punition mais plutôt à un moment de plaisir.

Enfin, les rituels ainsi que l’aménagement des séparations évoluent en fonction de l’âge et du développement de l’enfant. Lorsque l’enfant grandit, ses exigences se modifient. Ceci explique qu’un rituel adéquat à un moment ne le serait plus par la suite. Les routines et rituels évoluent avec les interactions au sein de la famille.

Le mot de la fin

L’importance des parents dans l’aménagement du coucher et dans la gestion de la séparation qui lui est inhérente est primordiale. Le challenge consiste à osciller entre rendre l’enfant autonome et satisfaire son besoin de relation et d’attachement.

N’oublions pas le plaisir que l’enfant, mais aussi ses parents, peuvent prendre lors de ces moments de coucher. Si les rituels d’endormissement sont un moyen de défense contre l’angoisse, l’enfant pourrait prendre plaisir à répéter certaines habitudes chaque soir. Que ce soit la lecture d’une histoire ou le chant d’une berceuse, profitez de ces moments précieux avec votre enfant.

Eloïse Jacques
Eloïse Jacques

Psychologue clinicienne et Psychothérapeute infanto-juvénile