« Psy enfant », qui est-il ? Petit lexique.

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Qui est-il ce « psy enfant » qu’on vous conseille de consulter ? Est-il pédopsychiatre ? Psychologue ? Psychothérapeute ? Tous les « psys enfants » proposent-ils le même type de consultation ? Comment s’y retrouver dans toutes ces différences dans le monde du soin de l’Enfance ? 

Nous vous proposons d’emporter ce petit lexique avec vous et de le glisser dans votre poche la prochaine fois que vous entendrez parler de « psy enfant ». Retenez déjà que beaucoup de professionnels « psy enfant » ont pour la plupart reçu une formation de base à laquelle ils ont généralement ajouté une ou plusieurs formations complémentaires pour devenir psychothérapeute ou se spécialiser dans un champ de compétence.


Quelles sont les formations de base du « Psy enfant » ?

PédoPSYchiatre 

Etudes ? Le pédopsychiatre est médecin, détenteur du titre professionnel de Docteur en médecine (diplôme universitaire) et porteur d’un Master spécialisé en pédopsychiatrie (6 ans d’études + 4 ans de spécialisation) reconnu par l’INAMI. 

Que fait-il ? De part son statut médical, le pédopsychiatre détient généralement une vision globale du patient et peut à la fois proposer des consultations individuelles, familiales,  de coordination ou de groupe. Ses interventions peuvent se faire sur du court terme comme sur du long terme, en fonction de ses formations et de la demande. Il arrive très souvent que le pédopsychiatre ait le rôle de coordinateur de tous les soins de l’enfant en centralisant et assurant la bon suivi de ceux-ci. Le pédopsychiatre a également la possibilité de prescrire des médicaments et détient une responsabilité médicale. 

Remboursement ? Le pédopsychiatre peut faire le choix d’être conventionné (INAMI) ou non afin que ses patients bénéficient de tarifs réduits pour les consultations. 

PSYchologue enfant/ado 

Etudes ? Le psychologue a fait 5 années d’études universitaires en faculté de psychologie (bientôt 6 années) et détient en Master en psychologie clinique et psychopathologie. Il a orienté ses cours de Master en clinique enfant. Au terme de ses études, le psychologue enfant doit être porteur d’un visa certifiant son diplôme et d’un agrément l’autorisant à exercer en tant que psychologue clinicien. 

Que fait-il ?  Le psychologue enfant est formé à la prévention, à la pose de diagnostic et à l’indication thérapeutique chez l’enfant. Le psychologue enfant a reçu une formation théorique solide lui permettant d’analyser une situation clinique,  recevoir une demande et recourir à différents outils pour formuler des hypothèses cliniques de travail. Il n’est pas formé au traitement et à la psychothérapie. Sa formation générale lui permet d’intervenir dans différents domaine comme le champ scolaire,  familial, du handicap, etc. et de collaborer avec les divers partenaires institutionnels. 

Remboursement ? Le psychologue enfant est inscrit à la Commission des Psychologues (COMPSY) et paie une cotisation annuelle s’il souhaite que ses patients puissent bénéficier d’une intervention de la mutuelle pour un nombre limité de séances par année civile. Depuis la crise sanitaire du Covid, les psychologues enfants peuvent faire le choix de signer une convention INAMI afin d’être conventionnés (INAMI) et de permettre à certains de leurs patients d’être remboursés en réduisant considérablement le cout du prix des séances chez le psychologue pour 10 séances maximums sur une période de 12 mois. Cette nouvelle convention pose cela dit, encore aujourd’hui beaucoup questions, et ce, notamment sur plan du secret professionnel. 

NeuroPSYchologue enfant

Etudes ? Le neuropsychologue enfant a fait 5 années d’études universitaires (bientôt 6) en faculté de psychologie et est porteur d’un Master en neuropsychologie. Il oriente ses choix de cours de Master en clinique enfant. Au terme de ses études, le neuropsychologue enfant doit être porteur d’un visa certifiant son diplôme et d’un agrément l’autorisant à exercer en tant que psychologue clinicien. 

Que fait-il ? Le neuropsychologue enfant a reçu une formation théorique et pratique dans la prévention, l’évaluation diagnostique et la prise en charge des troubles du fonctionnement cognitif (mémoire, attention, langage,  cognition numérique, gnosies, praxies, etc.) résultant d’atteintes cérébrales ou de troubles du développement et des apprentissages chez l’enfant.

Remboursement ? Le neuropsychologue enfant est inscrit à la Commission des Psychologues (COMPSY) et paie une cotisation annuelle s’il souhaite que ses patients puissent bénéficier d’une intervention de la mutuelle pour un nombre limité de séances par année civile. Depuis la crise sanitaire du Covid, les neuropsychologues enfants peuvent faire le choix de signer une convention INAMI afin d’être conventionnés (INAMI) et de permettre à certains de leurs patients d’être remboursés en réduisant considérablement le cout du prix des séances chez le psychologue pour 10 séances maximums sur une période de 12 mois. 

Assistant PSYchologue enfant

Etudes ? L’assistant en psychologie est détenteur d’un bachelier de 3 ans d’études en Haute Ecole où il apprend a une formation de terrain pour devenir apte à rencontrer professionnellement les problèmes individuels, relationnels et organisationnels vécus par une personne ou les groupes. 

Que fait-il ? Il assure service et soutien à autrui et contribue à favoriser le développement personnel, à faciliter les processus d’intégration, d’autonomie et d’apprentissage et à améliorer la gestion des conflits et des relations. Les assistant en psychologie enfant travaillent par exemple en CPMS (centre psycho-médico-sociaux), en orientation scolaire et professionnelle, en centre de guidance, en maisons de jeunes, au sein de l’aide à la jeunesse (SAJ) ou encore en équipe pluridisciplinaire pédopsychiatrique ou institutionnelle.

Remboursement ?  Aucun remboursement n’est possible à l’heure actuelle.

PSYchomotricien enfant

Etudes ? Plusieurs formation existent pour accéder à ce métier. 

  • Le psychomotricien enfant est soit détenteur d’un bachelier de 3 ans d’étude en psychomotricité Haute Ecole.
  • Le psychomotricien enfant peut suivre 3 ans à 3 ans et demi de cours en promotion sociale avec des cours 2 à 3 fois par semaine. 
  • Pour certains professionnels, il est possible de se spécialiser en psychomotricité en un an dans une Haute Ecole. La spécialisation est accessible aux personnes disposant d’un diplôme d’agrégé en éducation physique, en ergothérapie,  en kinésithérapie, en psychologie, en soins infirmiers ou encore en logopédie.  
  • NB : Il est aussi possible de se former à la thérapie psychomotrice (voir formation complémentaire). 

Que fait-il ? Le psychomotricien enfant est majoritairement formé à de la psychomotricité fonctionnelle. Au cours des séances, il permet à l’enfant d’utiliser son corps et les médias psychomoteurs (jeux, rythme, etc.) pour comprendre, améliorer, stimuler ou compenser une fonction altérée ou mal intégrée.  Le psychomotricien d’enfants peut à la fois proposer des séances collectives d’éducation psychomotrice pour les enfants ainsi que des séances individuelles et de thérapie psychomotrice. 

Remboursement ? Une intervention de la mutuelle est possible si les séances ont été prescrites par un médecin et que le professionnel est inscrit et reconnu par l’Union Professionnelle Belge des Psychomotriciens Francophones (UPBPF). !! A noter qu’en 2016 le ministère de la santé belge a refusé que les psychomotricien soient reconnus en tant que professionnels paramédicaux. Cette décision a été confirmée par la Cour constitutionnelle en octobre 2019. 


Quelles sont les formations complémentaires du « Psy enfant » ?

PSYchanalyste enfant

Quoi ? La psychanalyse est une méthode d’investigation psychique ayant pour objet l’inconscient. Le psychanalyste épaule l’analysant dans l’exploration de ses processus psychiques inconscients. Des émotions, des mots, des signifiants, des pulsions, entre autres, vivent dans notre inconscient et nous influencent. Ils peuvent être sources de répétition, de mal-être,  de souffrance. Le procédé essentiel que l’analyste utilise dans l’investigation des processus psychiques inconscient est l’association libre. Chez l’enfant,  cela passe par l’observation de son jeu libre et dans ce qu’il met en scène dans la relation transférentielle avec l’analyste. Ce que l’enfant va dire, montrer, produire peut être signifiant et mettre en scène certains aspects de ses préoccupations et de ses conflits psychiques. Le psychanalyste va les accueillir comme ayant un sens qu’il va renvoyer à l’enfant sous forme de mots ou d’associations qu’il amènera lui-même. Dans le jeu en donnant la réplique à l’enfant. Il va interpréter ce que l’enfant lui montre en tentant de faire des liens. Qui pourront aider l’enfant a comprendre ce qui se passe en lui. Il existe plusieurs courants en psychanalyse (ex :  courants freudien, lacanien,  jungien). Le psychanalyste peut en choisir un ou s’inspirer de plusieurs.

Formation ? Le cursus psychanalytique s’adresse à des personnes ayant un diplôme universitaire, une pratique clinique en psychopathologie, une formation théorique et une expérience psychanalytique personnelle.  La formation du psychanalyste repose sur une psychanalyse auprès d’un membre d’une société reconnue de psychanalyse (ex : SBP/BVP) à raison de 3 séances minimum par semaine sur le divan. NB : le titre de psychanalyste n’est pas protégé par la loi (n’importe qui peut décider de porter ce titre. Vérifier toujours quelle est sa formation de base).  

PSYchothérapeute Infanto-juvénile 

Quoi ? La clinique psychothérapeutique infanto-juvénile est envisagée dans une perspective d’articulation des modèles psychothérapeutiques analytiques et systémiques en intégrant les dimensions développementales et cognitives ainsi que les aspects institutionnels, socio-culturels et groupaux.  Elle se situe dans un continuum entre les premières consultations thérapeutiques et la mise en place de psychothérapies individuelles et/ou familiales. Un accent particulier est mis sur l’implication personnelle du clinicien, à la fois dans la compréhension des problématiques rencontrées et dans leur prise en charge.  

Formation ? Cette formation continue s’étend sur une durée de 3 ans et s’adresse a des candidats ayant un master (diplôme universitaire) en sciences psychologiques ou un master en médecine avec un master de spécialisation en psychiatrie.

PSYchothérapeute spécialisé en périnatalité (relation parent-bébé)

Quoi ? La vie psychique du bébé naît dans le creuset des interactions avec ses parents et se développe en résonnance avec leur fonctionnement mental, leur histoire familiale et leur histoire de couple. Les relations précoces du nourrisson avec ses parents sont déterminantes pour le développement de son fonctionnement psychique, de ses capacités cognitives, psychomotrices,  instrumentales et de son équilibre psychosomatique. L’accès à la parentalité entraîne des bouleversements qui ouvrent sur une période de remaniements internes et relationnels. La mobilisation psychique particulière à ce moment de la vie et la dépendance totale du nourrisson à ses parents rendent l’approche psychothérapeutique spécifique.

Formation ? 2 années de formation s’adressant aux pédopsychiatres, psychologues et autres professionnels ayant une expérience clinique dans le cadre de la périnatalité et des relation parents-bébé. La formation se réfère aux théories psychanalytiques et familiales.

PSYchothérapeute Systémicien 

Quoi ? La psychothérapie systémique propose une compréhension des situations problématiques des individus, des couples et des familles, par l’analyse des contextes dans lesquels les difficultés surgissent. Elle considère que l’individu fait partie d’un système, voire de plusieurs systèmes et qu’il est influencé dans sa façon d’être, aussi bien par lui-même que par les autres et son environnement. Cette lecture spécifique du fonctionnement des systèmes humains permet également une meilleure compréhension des enjeux institutionnels et organisationnels et favorise le travail en réseau interdisciplinaire. Le systémicien ne pense pas en termes de « qui fait quoi, à qui? » mais en termes de « que faisons-nous ensemble? »

Formation ? Elle dure entre 3 et 4 ans (en fonction des lieux de formation) et est a destination des professionnels en santé mentale, médicaux, sociaux et judiciaires. Les candidats peuvent souvent choisir et/ou approfondir soit la thérapie systémique à proprement parler soit l’approche systémique institutionnelle et le travail en réseau au sein des équipes.

PSYchothérapeute Cognitivo-comportemental

Quoi ? Les thérapies cognitive-comportementales sont des thérapies dites « actives », ce qui veut dire que le psychologue échange en permanence avec l’enfant, le renseigne, lui propose des techniques et astuces dans le respect de son rythme. L’objectif est que le sujet connaisse ses réflexions (cognitions) et ses comportements en face d’une situation précise qui lui pose problème et qu’il agisse selon un schéma donné.

Formation ? Elle dure 3 ans et est à destination des praticiens en santé mentale.

PSYchothérapeute du développement 

Quoi ? La thérapie du développement est un type spécifique de psychothérapie individuelle pour l’enfant qui n’est pas bien construit, peu structuré au niveau de son développement global, de son psychisme ou dans son corps. C’est une thérapie dite à « média » qui utilise notamment le média corporel. La thérapie du développement part du postulat que le corps et le psychisme sont étroitement liés dans le développement de l’enfant. Le corps étant le premier outil d’interaction au monde et à la relation, le thérapeute du développement traduit et accompagne l’enfant par le biais d’expériences corporelles, psychiques, affectives et créatives. Il va proposer, dans la relation thérapeutique avec son petit patient, différents supports permettant à l’enfant de lier ses perceptions, sa motricité, ses émotions et ses sentiments pour pouvoir l’amener vers plus de mentalisation et l’aider à développer sa pensée. Le thérapeute est ainsi attentif à l’enfant dans toute sa globalité. Le travail thérapeutique à l’aide de médias s’effectue à partir de la mise en jeu du registre sensori-moteur, c’est-à-dire à partir de l’implication du corps et de la sensorialité. L’exploitation des médiations créatives à des fins thérapeutiques engage donc dans la voie d’expériences sensori-affectivo-motrices et sert de support à la reviviscence de vécus corporels, qui n’ont pas été symbolisés. Les enjeux du recours aux médias se situent donc du côté d’une possible inscription des expériences primitives, non inscrites dans l’appareil de langage; elles peuvent s’inscrire selon des modalités autres que langagières, tels que le langage du corps, le langage de l’affect, etc. 

Formation ? 4 années de formation réservée aux professionnels de la santé mentale dans le secteur de l’enfance (pédopsychiatre, psychologue, logopède, etc.). 

PSYchothérapeute par le Jeu et la Créativité (TJC)

Quoi ? La TJC a été fondée par Verity Gavin. Son approche intègre des perspectives existentielles, winnicottiennes et d’anthropologie sociale dans une manière de penser et de pratiquer la psychothérapie pour tous âges. Ce type de thérapie est destiné à tous. Dans un cadre contenant, respectueux et sécurisant, l’enfant, l’adolescent (ou l’adulte) s’ouvre progressivement à sa créativité et à son courage d’être pour aborder, confronter et dépasser créativement ses difficultés de vivre. C’est une approche fondée sur la rencontre, dans un grand respect du potentiel créatif inné de la personne et de celui du thérapeute. La thérapie par le jeu et la créativité accorde une valeur centrale à la relation créative dans le travail thérapeutique. Le jeu est le centre du développement de l’être humaine et la base de la créativité relationnelle tout au long de la vie. La créativité permet ainsi d’entrer en contact avec la vitalité d’être, l’ouverture relationnelle, et le courage de s’exprimer, de faire face aux difficultés, aux conflits et d’en faire sens. Dans le cabinet-atelier, le patient aura ainsi le choix de médiums d’expression, de modes d’exploration, et de manières d’expérimenter. 

Formation ? 2 années de formation réservée aux professionnels de la santé mentale (pédopsychiatre,  psychologue, etc.). 

PSYchomotricien relationnel – Thérapeute psychomoteur (Aucouturier)

Quoi ? La thérapie psychomotrice Aucouturier s’inscrit dans le courant des thérapies humanistes. Elle partage avec la thérapie d’orientation analytique l’adhésion aux concepts d’inconscient et de réactualisation de l’histoire précoce dans la relation au thérapeute. Il s’agit d’une pratique psychomotrice relationnelle en opposition à la psychomotricité fonctionnelle. Elle s’adresse aux enfants présentant un trouble d’intégration psychomotrice affectant leur maturation corporelle, psychoaffective et/ou cognitive, et pour lequel un travail par le biais de l’expressivité motrice s’avère indiqué. Elle favorise la reprise du développement global et ouvre à une expression plus symbolisée du vécu.

Formation ? La formation en thérapie psychomotrice s’effectue en 3 ans en école privée : École Belge Pratique Psychomotrice Aucouturier. Pour accéder à ce cursus, il faut disposer d’un diplôme reconnu dans le domaine éducatif, psychologique ou paramédical et faire preuve d’une expérience professionnelle suffisante avec les enfants. 

PSYchothérapeute EMDR enfant

Quoi ? l’EMDR (Eye Movement Desensitization Reprocessing) est une psychothérapie inspirée des travaux en neurosciences. L’utilisation des mouvements oculaires, des stimulations auditives ou tactiles permet grâce à l’activité de processus neurophysiologiques de déclencher des mécanismes permettant à des patients qui manifestent des troubles psychotraumatiques ou réactionnels (anxiétés, dépressions) d’envisager une véritable guérison. L’intérêt de l’EMDR se situe notamment dans sa capacité à s’articuler avec les autres approches psychothérapeutiques. Elle trouve son origine dans le champ de la psychodynamique, de la systémique et des thérapies cognitives et comportementales. La pratique EMDR est généralement utilisée comme un média/outil en psychothérapie. 

Formation ? La formation en EMDR dure entre une et deux années et est réservée aux professionnels de la santé mentale.


Ce petit lexique ne se veut certainement pas exhaustif et complet ! Il existe encore un tas d’autres thérapies dans le secteur de l’Enfance et des formations complémentaires et formations continues comme l’art-thérapie, la thérapie par le jeu de sable, l’hypothérapie, la sophrologie, la méthode Barkley, les groupes d’habiletés sociales, la psychoéducation, le psychodrame, le yoga, etc.

Nous espérons toutefois qu’en ayant parcouru ce lexique, vous aurez maintenant le réflexe de vérifier la formation de base du thérapeute que vous consulterez pour votre enfant (mais c’est valable pour les adultes également). Sentez-vous toujours en droit de demander au « psy enfant » que vous rencontrez un éclaircissement sur sa pratique et surtout sur ce qu’il propose comme psychothérapie pour votre enfant, votre adolescent et/ou votre famille. Soyez également attentif à vous assurer que l’indication de psychothérapie posée soit adéquate et corresponde aux besoins de votre enfant, adolescent ou famille. Le psy enfant rencontré devra toujours prendre un temps pour y réfléchir avec vous avant de s’engager dans des rencontres sur du moyen/long terme.

Zoé Campus
Zoé Campus

Psychologue clinicienne ~ Thérapeute du développement ~ Thérapeute par le Jeu et la Créativité

« Parler vrai » à son enfant : Nécessité ou utopie ?

woman reading book to toddler

L’enfant est un être de langage

Au cours du dernier siècle, grâce aux évolutions de la médecine et des connaissances du développement de l’enfant, la place de l’enfant et son évolution ont été marquée par certains changements dans les rapports parents-enfants. La communication en fait partie.

Le tout petit est considéré déjà in-utéro comme un être à part entière. Les futurs parents peuvent montrer un intérêt, dès la grossesse, à communiquer avec le fœtus. Il est alors possible, dès que les premiers mouvements du bébé sont perçus in-utéro par les deux parents, de créer une communication par le toucher grâce à l’haptonomie. L’haptonomie est une manière d’entrer en lien avec le bébé à venir grâce à un toucher affectif du ventre de la mère par des frôlements intuitifs et des mots.

Pour certains, parler à un enfant est une nécessité et une évidence et trouver le moyen d’y parvenir se fait naturellement. Pour d’autres, il est plus difficile de trouver les mots. Plusieurs questions peuvent apparaitre telles que : L’enfant comprend-t-il ce qui lui est dit ? N’est-ce pas une façon de l’encombrer, de l’inquiéter ?  Faut-il vraiment tout lui dire ? 

Comme le disait Françoise Dolto, aujourd’hui l’enfant est considéré comme « un être de langage » dès son plus jeune âge. En effet, nos représentations actuelles poussent à le considérer comme un être à part entière avec lequel il est possible de communiquer, échanger, partager et vivre des moments d’expériences conjointes. 

Dès son plus jeune âge, le bébé trouve son nourrissage affectif et le terreau propice à son bon développement grâce aux soins primaires, au portage et à l’étayage de son vécu corporel. La communication s’enracine alors dans le corps, les éprouvés sensoriels. L’accordage aux soins du corps se fait majoritairement par le parent avec un accompagnement verbal : de mots, de prosodie, de chant, d’accentuation de voyelle. Il se fait également par le soutien du regard et du toucher. C’est toute cette enveloppe corporelle et communicationnelle verbale (ou pré-verbale) et sensorielle qui permet au bébé de se sentir en lien et d’accéder petit à petit à une représentation (nommé également construction psychique) de ses vécus et de son sentiment d’être. A son tour, le bébé engage dès le plus jeune âge une communication adressée à ses parents : regard, sourire, gazouillis, gesticulation.  Se crée alors les prémices de la communication interconnectée où le parent et son enfant échangent des contenus émotionnels et informationnels sur ce qui les entourent. Cette première communication permet des temps de partage parent-enfant d’une part ainsi qu’une mise en mot sur ce que l’enfant vit et ce indépendamment de ce qu’il peut comprendre consciemment ou avec raison. 

L’intention

A tout âge, mais surtout dans les prémisses de la communication parentale, l’important se situe dans l’accordage intuitif entre le parent et l’enfant. Ce n’est pas tant le mot utilisé qui est important mais plutôt l’intention qui accompagne le message. En effet, pour permettre à l’enfant d’avoir un message cohérent, il faut que l’intention portée au message transmis tant dans la communication verbale que non-verbale soit cohérent. Un message clair en lien avec son état émotionnel à lui et à celui de l’adulte.

La communication au quotidien contribue à favoriser la relation parent-enfant en établissant des échanges fluides sur lesquels il sera alors possible de s’appuyer tout naturellement lors de moments de vie plus critique ou lors d’évènements importants. 

En effet, avoir l’habitude de parler à l’enfant dès son plus jeune âge, permet une habituation du partage. Trop souvent, lorsque la communication n’est pas fluide et habituelle, les adultes prennent alors uniquement le temps de parler aux enfants lors de moments plus critiques pour leur annoncer quelque chose. Cette attitude, bien que liée à de bonnes intentions peut induire chez l’enfant une impression d’être « convoqué » (quelque chose de grave va arriver) à « recevoir » (il n’est pas acteur) une information qui peut le « dépasser » (tant l’adulte que l’enfant qui n’ont pas l’habitude de faire correspondre un échange apaisé, ajusté et clair). 

Pourquoi dire ?

Au-delà de l’importance de nommer ce que l’enfant vit pour lui permettre de se structurer et de devenir un sujet à part entière, il est important de réfléchir à différents aspects tels que : 

– Est-ce que l’événement peut avoir une conséquence directe sur le quotidien de l’enfant (déménagement, deuil, reprise du travail, arrivée d’un nouvel enfant dans la fratrie, séparation, changement d’école…) ?

– Est-ce que l’événement impact l’état émotionnel des parents ?

– Est-ce que l’événement est directement lié à l’enfant (son origine, sa naissance, la différence des sexes, la raison d’une consultation dans un centre thérapeutique ou chez le médecin, sa santé…) ?

S’il s’avère que l’enfant peut être impacté de manière directe ou indirecte par cet événement, il est nécessaire alors de pouvoir mettre des mots simples pour lui donner une information claire et lui permettre alors de comprendre ce qui peut l’affecter ou ce qui se déroule dans sa vie actuellement. 

Notons par ailleurs que tous les sujets ne sont pas bons à transmettre et à évoquer. En effet, ceux par exemple étant relatifs à la vie du couple parental et/ou conjugal ne concerne pas l’enfant. Le risque d’évoquer ces choses-là à l’enfant le mettrait au centre d’une position délicate qui ne lui appartient pas, à savoir : l’intimité parentale. 

Comment dire ?

Cette question revient souvent lors de nos consultations au 213. Comme il est souvent répété durant les consultations au centre thérapeutique, il n’y a pas de mode d’emploi unique. Il revient à chaque personne de trouver sa manière de dire à travers les mots, à travers sa façon d’être en présence de l’enfant et à travers qui l’on est. Dans l’idée précédemment évoquer que tout est langage (le mot, le geste, le regard, les mimiques) une phrase simple est à retenir : la cohérence de l’intention. Pour reprendre Dolto, face à un enfant il faut « Parler vrai » c’est-à-dire parler en accord avec ses intentions, ses émotions, sa mimo-gestuelle et ses mots. C’est également « Dire ce que l’on fait et faire ce que l’on dit ». 

Afin de permettre quelques pistes pratiques, nous retiendrons quelques éléments (non-exhaustifs) tels que : 

– Parler simplement avec des phrases courtes, affirmatives;

– Parler pour permettre à l’enfant d’anticiper ce qui va lui arriver;

– S’adresser à l’enfant en se mettant proche de lui physiquement, surtout s’il est jeune et afin d’avoir son attention par la transmission de l’intention corporelle;

– Joindre le geste à la parole;

– S’écouter et parler en écho avec ses propres émotions pour permettre à l’enfant de créer des repères cohérents;

– S’il est difficile de parler, il est toujours possible de trouver des ouvrages jeunesses qui regroupent des thématiques spécifiques ou d’en parler avec un professionnel de l’Enfance;

– Si c’est un thème qui peut être douloureux pour l’enfant, reconnaître son vécu et lui dire qu’il n’est pas le seul. à vivre ça en lui montrant des exemples concrets qu’il a pu éventuellement vivre (« Papa et maman se séparent parce qu’ils ne s’aiment plus. Ils continueront à t’aimer et ce n’est pas de ta faute ce qui leur arrive. Tu sais, c’est comme pour les parents de la petite voisine, Louise« ).

Mot de fin

Bien plus qu’une nécessité de coller à des principes précis, il est surtout important de se souvenir de l’intention et de la cohérence. En espérant qu’à la lecture des quelques éléments ci-dessus, chacun puisse se faire confiance pour parler vrai. Au fond, il n’est pas toujours difficile de parler aux enfants pourvu qu’on s’y engage clairement. Parce que l’enfant, même tout jeune, sait respecter nos hésitations ou nos cafouillages et nous aide à aller plus loin. A construire une relation de confiance ayant pour objectif de l’éclairer, sur base d’une communication simple, sur le monde qui l’entoure avec la même bienveillance qu’il nous accorde. 

Nastassia Novis
Nastassia Novis

Psychologue clinicienne et Thérapeute du développement